Textes lus par les comédiens lors de l'AG du 10 Avril 2013

Publié le par Université Populaire de l'AUBE

DON D ORGANES

Jean l’Anselme

 

Je donne ma main à ma sœur kinésithérapeute.

Je donne mes tripes à Caen.

Je donne mon cœur aux restos

Je donne mes reins / sûrs (rinçures) au caniveau

Je donne ma tête de lard à l’art

Je donne mon foie aux morues

Et mes yeux à Michèle Morgan

T’as d’beaux yeux tu sais !

Je donne mes dents à Adam et ma langue au chat… d’Ève.

Je donne mon sang impur aux microsillons.

Je donne mon cul à ma chance qui en a besoin.

Je donne mes jambes à mon cou et mes bras autour du tien.
Je donne mon dernier souffle au bouche- à-bouche.

Je donne mon pied… à ma maîtresse.

B Je donne mon âme.

Adieu, adieu.

Et ce qui reste aux chiens.

 

Voilà comment on économise un enterrement.

 

LE POETE C'EST UN OUVRIER

(Maïakovsky)

 

On aboie au poète…

(L’ouvrier) " Toi, je voudrais t'y voir devant un tour.


Quoi ? Des vers ?


Des balivernes !
Ouais !

Qu'il faille être au travail, on fait le sourd."


 

Peut-être que 


Personne


Comme nous


N'a le coeur à l'ouvrage.


Je suis une fabrique.


Et si les cheminées me manquent,


Peut-être,


Sans cheminées, 


Ne faut-il que plus de courage.


Je le sais:


Vous n'aimez pas les phrases creuses.


Quand vous sciez du bois,

c'est pour faire des 
bûches


Et nous,


Que sommes-nous sinon des ébénistes,


A façonner la tête humaine,

Cette bûche.

 

 

CITATION

Ces temps-ci on demande aux artistes de recoudre les liens sociaux. On les envoie faire de l’animation dans les quartiers. Ce sont les mauvaises gestions des politiques qui détruisent ces liens.

Les artistes n’ont pas à blanchir l’argent sale de l’économie.

 

CITATION

Le livre se vend à côté du boudin dans les supermarchés. Il faut faire comme Julien Gracq, exiger des livres à feuillets non massicotés pour obliger le véritable amant du livre à déshabiller sa lecture.

 

CITATION Hugo

La tête de l’homme du peuple, voilà la question. Cette tête est pleine de germes utiles. Employez pour la faire mûrir et venir à bien ce qu’il y a de plus lumineux et de mieux tempéré dans la vertu. Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la. Vous n’aurez pas besoin de la couper.

 

DECLARATION DE RESISTANTS

 

« Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de

Démocratie économique, sociale et culturelle…

Nous appelons les jeunes, les parents, les anciens, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous.

Nous n’acceptons pas que les principaux medias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :

" Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ".

 

1. CITATION 1

Celui qui ne voit pas l’injustice est un idiot

Celui qui la voit mais ne la combat pas est un lâche

Seul, celui qui la combat, ouvertement, est un homme.

 

2. L ETRANGER (X ?)

Mon voisin est un étranger !

Tes dieux sont juifs, arabes ou hindou…
Ta voiture est japonaise.
Ta pizza est italienne

Et ton couscous est algérien.
Ta démocratie est grecque.
Ton café est brésilien.

Ta montre est suisse.
Ta chemise est indienne.
Ton portable est ajusté par les coréennes.

Tes vacances sont turques tunisiennes ou marocaines.

Ton écriture est latine

 

Et tu reproches à ton voisin d’être étranger !

 

Citation

Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête, et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre.

Montesquieu en 1710 !

 

GUERRE ET PAIX

 

: Petite intrusion dans les horreurs du siècle dernier.

«  Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ». Marx.

 

Citation 1

Dans ces choses appelées guerres on a toujours moins à se plaindre de ceux qu’on tue que de celui pour qui on se fait tuer. (A.Karr)

 

Citation 2. (Paul Valet)

Le père mourut dans la boue de Champagne

Le fils mourut dans la crasse d’Espagne

Le petit s’obstinait à rester propre.
Les nazis en firent du savon.

 

Mon frère était aviateur (B.Brecht)

Mon frère était aviateur.

Il reçut, un beau jour, un ordre de route.

Il a fait ses bagages

Et en avant vers le Sud l’a conduit le voyage.

 

Mon frère est un conquérant.

Notre peuple manque d’espace vital

Et conquérir des terres est  chez nous un vieux rêve.

L’espace que mon frère a conquis

Est dans le massif du Guadarrama

Il est long d’un mètre 80

Et profond d’un mètre 50.5242

 

Citation 3 (Brecht)

Voilà ce qui a failli dominer le monde

Les peuples ont fini par avoir raison

Mais nul ne doit chanter victoire hors de saison

Le ventre est encore fécond d’où a sorti la bête immonde.

 

 

L’INSTITUTEUR QUI AIMAIT LA GUERRE

B.Brecht

 

Il y avait un instituteur.

Hubert il s’appelait

Il était pour la guerre,

Il était pour la guerre.

Il était pour la guerre

Quand il parlait du vieux Fritz,

On voyait briller ses yeux.

Mais jamais, jamais quand il parlait de Wilhem Pieck .

Oh ! non jamais.

Il y avait une blanchisseuse

Ah ! Madame Schmitten

Elle était contre la saleté

Elle était contre la saleté

Elle prit l’instituteur Huber.

Et le plongea dans le baquet.

Et tout simplement, le fit disparaître en le lavant.

 

 

 

PAX 

Serge Mikhalkov.

 

On apporte à petit Pierre

Pour ses huit ans nouvelets

Des cadeaux d'anniversaire :

Canons, tanks et pistolets

 

Et même une mitrailleuse

Comme en ont les vrais troupiers,

Noire, neuve, Merveilleuse,

Avec chargeur et trépied.

 

Tandis que les autres mangent

Au salon les petits fours

Ses joujoux, notre cher ange

Les démonte tour à tour.

 

- Quel gâchis ! C'est un scandale,

Qu'as-tu fait là, garnement !

- Mais quoi ? Répond le vandale,

Je joue au désarmement.

 

Intervention

Brecht

 

A Ce matin-là, devant notre batterie

Près de l’arbre fracassé

Nous sont apparues 3 vieilles femmes.
Elles se dressaient à un mètre du sol

Dans le petit jour et disaient.

 

Ne tirez pas ! Nos fils sont là !

En face !

Donnez nous plutôt vos chaussettes que nous les raccommodions

Enlevez vos casques,

que nous regardions si vos oreilles sont propres.

 

Et l’une d’elles avait même une miche de pain blanc

Et nous a demandé un couteau.

 

C’est alors que la bataille a commencé.

 

 

 

Pour Toi Mon Amour

J.Prévert

 

Je suis allé au marché aux oiseaux


Et j'ai acheté des oiseaux


Pour toi
 mon amour


Je suis allé au marché aux fleurs


Et j'ai acheté des fleurs


Pour toi
 mon amour


Je suis allé au marché à la ferraille


Et j'ai acheté des chaînes


De lourdes chaînes


Pour toi
  mon amour


Et puis je suis allé au marché aux esclaves


Et je t'ai cherchée


Mais je ne t'ai pas trouvée


Mon amour.

 

LE GRAND COMBAT

(Henri Michaux)

 

Où l’art d’inventer des mots qui mettent le sujet en musique.

 

HENRI MICHAUX (1899-1984)

Ce texte de 1927 a beaucoup surpris l’auditoire de ce 10 avril. Nous vous l’envoyons à nouveau avec quelques notes de lecture.

On se rend compte que le poète joue avec le langage, qu’il invente des mots ou qu’il les déforme. Ils ne nous sont pas totalement étrangers : emparouille (empare et écrabouille ce qui en fait un mot-valise), endosque ( endosse et esquinte), le drâle ( le râle), tocarde (estocade) etc. Le lecteur (mieux, l’auditeur) peut donc trouver des points communs avec des mots qu'il utilise et donner sens au texte.

On comprend ici qu’il s’agit d’une bagarre violente entre deux individus dont le but est de découvrir « le grand secret », qui ne nous est d’ailleurs pas dévoilé.

Michaux fut le contemporain des surréalistes (Aragon :1897-1982). Il a cherché comme eux, dans la poésie, une aventure spirituelle, mais son travail poétique, ses néologismes chargés d’humour et d’émotion ont un caractère d’angoisse et de révolte.

Dans un autre recueil célèbre, « Plume », Michaux devient un virtuose de l’absurde et de l’humour noir. Plume, cad Michaux ne peut jamais s’adapter au monde dans lequel il vit. C’est une sorte de Chaplin toujours perdant.

Retenons la dernière phrase du Grand Combat qui pourrait s’accorder avec notre recherche d’une Université Populaire utile, efficace et qui réussit.

 

Il l'emparouille et l'endosque contre terre

 

Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ;


 

Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ;

 

Il le tocarde et le marmine,


 

Le manage rape à ri et ripe à ra.


 

Enfin, …. il l'écorcobalisse.


 

L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.


 

C'en sera bientôt fini de lui

 

Il se reprise et s'emmargine... mais en vain

 

Le cerceau tombe qui a tant roulé.

 

Abrah ! Abrah ! Abrah !


 

Le pied a failli !


Le bras a cassé !


Le sang a coulé !


 

Fouille, fouille, fouille

 

Dans la marmite de son ventre est un grand secret


 

Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;

 

On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne

 

Et vous regarde,

 

On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.

 

EMMA RIES, LINGERE DE SEIZE ANS

DEVANT LE JUGE D'INSTRUCTION

 

Lorsque Emma Ries, lingère de seize ans,

A Czernowitz comparut devant le juge

On lui enjoignit d'expliquer pourquoi

Elle avait distribué des tracts, qui

Appelaient à la révolution, ce qui est puni de prison.

En réponse elle se leva et chanta

L'Inernationale.

Le juge hocha la tête.

Elle lui cria : Debout ! C'est

L'Internationale !

 

 

"AMOUR DU PROCHAIN"

Max JACOB

 

Qui a vu le crapaud traverser la rue ?

C'est un tout petit homme : une poupée n'est pas plus minuscule.

Il se traîne sur les genoux : il a honte on dirait.

Non. Il est rhumatisant, une jambe reste en arrière, il la ramène.

Où va-t-il ? il sort de l'égout, pauvre clown.

Personne n'a remarqué ce crapaud dans la rue.

Maintenant, les enfants se moquent de mon étoile jaune.

Heureux crapaud!... Tu n'as pas d'étoile Jaune.

LE DISQUE-OBOLE

Jean l'ANSELME

 

C'est un jeu - ou un sport - nouveau appelé à un très grand succès, particulièrement dans les pays industriellement développés (P.I.D.) : il consiste à jeter une pièce de monnaie, comme un petit disque, dans le chapeau que vous tend un pauvre. D'où son nom : LE DISQUE-OBOLE.

 

Tout lancer réussi permet au gagnant d'emporter le contenu du chapeau préalablement rempli des pièces n'ayant pas atteint leur but pendant que le pauvre remercie le danceur de son geste généreux.

I

L

 A QUI LA FAUTE ?

Victor Hugo

(L’Année Terrible, VIII, 1872).

 

Poème écrit suite à l’incendie de la Bibliothèque des Tuileries lors de la Commune. Hugo ne prend parti contre les Communards. Il prend parti pour le livre et la culture

 

Tu viens d’incendier la Bibliothèque ?

- Oui.

J’ai mis le feu là.

- Mais c’est un crime inouï !

Crime commis par toi contre toi-même, infâme !

Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !

C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler !

Ce que ta rage impie et folle ose brûler,

C’est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage

Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.

Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.

Une bibliothèque est un acte de foi

Des générations ténébreuses encore

Qui rendent dans la nuit témoignage à l’aurore.

Quoi ! dans ce vénérable amas des vérités,

Dans ces chefs-d’oeuvre pleins de foudre et de clartés,

Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,

Dans les siècles, dans l’homme antique, dans l’histoire,

Dans le passé, leçon qu’épelle l’avenir,

Dans ce qui commença pour ne jamais finir,

Dans les poètes ! quoi, dans ce gouffre des bibles,

Dans le divin monceau des Eschyles terribles,

Des Homères, des Jobs, debout sur l’horizon,

Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,

Tu jettes, misérable, une torche enflammée !

De tout l’esprit humain tu fais de la fumée !

As-tu donc oublié que ton libérateur,

C’est le livre ? Le livre est là sur la hauteur ;

Il luit ; parce qu’il brille et qu’il les illumine,

Il détruit l’échafaud, la guerre, la famine

Il parle, plus d’esclave et plus de paria.

Ouvre un livre. Platon, Milton, Beccaria.

Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Corneille

L’âme immense qu’ils ont en eux, en toi s’éveille ;

Ébloui, tu te sens le même homme qu’eux tous ;

Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;

Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître,

Ils t’enseignent ainsi que l’aube éclaire un cloître

À mesure qu’il plonge en ton coeur plus avant,

Leur chaud rayon t’apaise et te fait plus vivant ;

Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;

Tu te reconnais bon, puis meilleur ; tu sens fondre,

Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,

Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !

Car la science en l’homme arrive la première.

Puis vient la liberté. Toute cette lumière,

C’est à toi comprends donc, et c’est toi qui l’éteins !

Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.

Le livre en ta pensée entre, il défait en elle

Les liens que l’erreur à la vérité mêle,

Car toute conscience est un noeud gordien.

Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.

Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l’ôte.

Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute !

Le livre est ta richesse à toi ! c’est le savoir,

Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,

Le progrès, la raison dissipant tout délire.

Et tu détruis cela, toi !

 

  • Je ne sais pas lire

Publié dans LITTERATURE

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