NATIONALISMES ALLEMAND ET FRANCAIS APRES LES CAMPAGNES DE 1814-1815

Publié par Université Populaire de l'Aube / UPOPAUBE

NATIONALISMES ALLEMAND ET FRANCAIS APRES LES CAMPAGNES DE 1814-1815

Le 16 décembre, la conférence de Jean-Louis Peudon sur les nationalismes européens a attiré 80 personnes à la Maison du Patrimoine de Saint-Julien-les-Villas et suscité des questions sur l'état des relations actuelles entre l'Allemagne et la France et plus généralement sur l'état de l'Europe.

RESUME PAR JEAN-LOUIS PEUDON

Le nationalisme  apparaît à partir du milieu du XIXe siècle comme un sentiment national plus ou moins répandu et exalté au sein de la population d’un pays. Le sentiment national, très différent à ses débuts entre France et Allemagne, devient semblable dans les années précédant la guerre de 1914-18.

1. Les conditions de naissance du sentiment national sont très différentes entre l’Allemagne et la France.

En Allemagne, le sentiment national semble inscrit dans la réalité puisqu’il existe un très ancien empire germanique. Or, à la veille de la Révolution, le Saint Empire romain germanique comprend 28 états : principautés, duchés, royaume de Bohème, archiduché d’Autriche, souvent en guerre, pour certains d’entre eux jusqu’au milieu du XIXè siècle, ainsi de la Prusse, Saxe, Bavière, Hanovre, Autriche. Il n'est germanique que de nom : avec trente-cinq millions d'habitants environ, il réunit vingt à vingt-cinq millions d'Allemands, cinq millions de francophones – dans les Pays-Bas autrichiens, l'actuelle Belgique – quatre millions de Slaves en Bohême et en Slovénie, et plus d'un million d'Italiens dans le Trentin.

Jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, le sentiment national n’est le fait que d’intellectuels à partir d’une langue, le Haut Allemand, devenu la langue littéraire et la langue dans laquelle communiquent les régions linguistiques et du sentiment de communauté développé par plusieurs courants religieux.

Les conquêtes de Napoléon contribuent à étendre le sentiment national à l’ensemble de la population car l’occupation française, si elle s’accompagne de nouveaux droits tels que la suppression des privilèges, fait peser de nouveaux impôts ainsi que la conscription. La défaite de la Prusse soulevée contre l’occupant est vécue comme une humiliation.

Le sentiment national se construit en réhabilitant l’histoire et les traditions germaniques, notamment guerrières, et prend un caractère francophobe. Deux états peuvent prétendre au leadership du monde germanique : l’Autriche et la Prusse. L’homogénéité linguistique de la Prusse, sa détermination après la défaite de Napoléon à Leipzig à la fin 1813, en font l’élément moteur du sentiment national allemand.

En France le sentiment national est porté par la bourgeoisie qui impose l’idée de Nation contre la noblesse qui prône les états séparés : noblesse, clergé et Tiers état. Jean-Jacques Rousseau met en avant l’unité du peuple à travers le contrat social que tout le monde est appelé à signer. Ce sentiment s’étend à l’ensemble de la population lorsque celle-ci se mobilise contre les monarchies qui envahissent la France en 1792 pour mettre un terme à la Révolution. A Valmy, les troupes françaises mènent l’assaut au cri de Vive la Nation. Le sentiment national est, à la fois, défense de la patrie et défense de la Révolution. Il a un caractère messianique. En défendant la Révolution, il se veut libérateur des peuples opprimés.

2. Evolution du sentiment national après 1814 et 1815

Le Congrès de Vienne qui réorganise l’Europe après les défaites de Napoléon déçoit les populations séduites par les idées de la Révolution française en établissant un nouvel ordre européen basé sur les monarchies. Le sentiment national qui exprime le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes se manifeste à travers les mouvements de 1830 et 1848 en Europe centrale et méditerranéenne. Il est partout réprimé par les pouvoirs en place.

Dans la Prusse le sentiment national est porté par le monde des enseignants, des lycéens (deux fois plus nombreux qu’en France à la même époque) et les étudiants. Le nationalisme allemand se construit sur une vision nouvelle de la société fondée sur l’amour du sol allemand  et de la civilisation rurale, une émotion basée sur l’histoire de la nation allemande, l’exaltation de la discipline, de l’autorité, l’exaltation de la discipline, de l’autorité, du militarisme et la méfiance de l’étranger.

Un discours se développe sur la glorification de la guerre, sur le sacrifice de soi dans les écrits de Hegel, Fichte provoquant l’inquiétude de certains intellectuels tels que le poète Heine préoccupé par l’essor de la philosophie de la nature accompagnant le développement du sentiment national. Dans un ouvrage intitulé De l’Allemagne, au début des années 1830, il prédit un véritable cataclysme « à côté duquel la révolution Française ne sera qu’une plaisante idylle ». Prémonition hallucinante du premier carnage européen qui commence en 1914. 

Le sentiment national est porté par la Prusse qui accroit sa domination sur l’Allemagne jusqu’à la victoire sur l’Autriche en 1866. Puis la Prusse crée la Confédération de l’Allemagne du Nord en intégrant les états qui ont soutenu l’Autriche durant la guerre et, après la guerre 1870 intègre l’Alsace, la Lorraine et les états du sud de l’Allemagne. A la fin du XIXe siècle, le nationalisme allemand, fondé essentiellement sur une vision culturelle de la nation intègre l’idée de race accompagnée d’une volonté de puissance soutenue par l’essor économique.

En France, le sentiment national connaît deux périodes :

- Un nationalisme de tradition révolutionnaire qui s’exprime surtout sous la Restauration et la Monarchie de Juillet

- Un nationalisme de la Revanche après la guerre de 1870 qui se rapproche du nationalisme allemand.

Le nationalisme de tradition révolutionnaire affirme le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, revendique le retour aux frontières naturelles acquises durant quelques années sous Napoléon, soutient l’unification de l’Italie libérée de la domination autrichienne, et l’indépendance de la Pologne occupée pour partie par la Prusse et l’Autriche après le Congrès de Vienne.

Après la défaite de 1870, un nationalisme d’une nature différente se développe. De nombreux humanitaires se repentent d’avoir proclamé des idées libérales. L’universalisme révolutionnaire, le peuple au sens de classes populaires (cf. Michelet), le suffrage universel sont rejetés comme responsables de la défaite et de la Commune. Beaucoup de Français ressentent un amour exclusif et jaloux pour une patrie humiliée et blessée. L’évolution du sentiment national français conduit à un rapprochement avec celui de l’Allemagne. On valorise le déterminisme historique, le lien avec les ancêtres, la continuité des traditions. Ernest Renan considère qu’une dynastie est la mieux à même d’incarner l’âme de la nation. Dans certains milieux, la République parlementaire, fraîchement établie, est accusée d’oublier les grands impératifs nationaux. Le culte de la revanche est retourné, dressé contre les institutions politiques existantes.

Alors se définit une doctrine cohérente et systématique du germanisme et s’affirme l’idée d’un antagonisme éternel entre une Allemagne engagée dans une perpétuelle conquête et une France toujours menacée. En dehors du mécanisme des alliances, la guerre de 1914-18 est l’aboutissement catastrophique de cette évolution des sentiments nationaux allemand et français. 

La République universelle, démocratique et sociale :  « Peuples, formez une Sainte-Alliance et donnez-vous la main »  Lithographie de Frédéric Sorrieu, 1848, Musée Carnavalet, Paris

La République universelle, démocratique et sociale : « Peuples, formez une Sainte-Alliance et donnez-vous la main » Lithographie de Frédéric Sorrieu, 1848, Musée Carnavalet, Paris

Représentation de la nation Allemande

Représentation de la nation Allemande

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