LA LANGUE FRANÇAISE - QUELQUES CITATIONS.

Publié le par Université Populaire de l'AUBE

LA LANGUE FRANCAISE

 

« Ma patrie, c'est la langue française. »

Albert Camus

 

« Le mot de peuple est un des plus beaux mots de la langue française. Il dit le manque et l’entêtement, la noblesse des gueux sous l’incurie des nobles. »

Christian BOBIN

 

 « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu'on l'aime de toute son âme, et qu'on n'est jamais tenté de lui être infidèle. »

Anatole France

 

« Alors que nos candidats sont bien habillés devant les micros et « visent à la présidence », ils ne savent pas s'ils doivent parler comme Déroulède, Guy Mollet, Maurice Barrès ou Maurice Druon par crainte de parler comme Lecanuet. Aragon, comme Malraux, trouve la grande rhétorique. La tripe « patriotique », il l'a, sans calcul. Tribun, il console les travailleurs de Thorez, puis il cite les dames de Carpaccio. On se dit alors que, depuis qu'il s'est tu, la langue française a rétréci.» Ce ne sont pas les grands thèmes de meeting qui manquent mais « une respiration, une manière d'assouplir la langue de tous les jours, ou l'alexandrin, de l'enjamber pour mieux courir, ou de faire brûler les mots qui font défaut à nos journaux télévisés. »

Jean Pierre AMIETTE, le Point : « Le fleuve Aragon ». 2007

 

LANGUE FRANCAISE DE CONTREBANDE en 1940/44

L’utilisation de Chrétien de Troyes.

« La motivation idéologique se lit surtout dans la réutilisation du mythe des chevaliers de la Table ronde et dans la double référence aux Perceval et Lancelot de Chrétien de Troyes. Il s’agit là pour Aragon comme pour d’autres poètes de la Résistance (Pierre Emmanuel et Loÿs Masson aussi y auront recours) d’une lutte concurrentielle pour la réappropriation de symboles accaparés par l’idéologie nazie et par l’idéologie pétainiste de la Révolution nationale. Se réapproprier le mythe des chevaliers, c’est refuser l’idéologie agricole et terrienne que les nazis assignaient à la France dans leur vaste projet européen (1) : opposer aux Parsifal wagneriens les chevaliers vermeils français qu’Aragon appelle à se lever à la fin de " La leçon de Ribérac "

« Deux chevaliers de la Table ronde sont désignés par le terme de " chevalier vermeil " dans le texte de Chrétien de Troyes : Perceval dont parle Aragon dans " La leçon de Ribérac " et Lancelot qui arrive incognito au tournoi de Noauz avec l’armure vermeille de son geôlier, le sénéchal de Méléagant, prêtée par la femme de celui-ci… C’est à ces deux figures mythiques que se réfère Aragon pour détourner les mythes nazis et pétainistes de leur sens passéiste, nationaliste et guerrier. Perceval et Lancelot font l’objet d’une double leçon, complexe mais non contradictoire, de Chrétien de Troyes dans le contexte de la " renaissance culturelle " du XIIe siècle dont ses romans courtois et chevaleresques sont le meilleur exemple. En effet si Perceval élevé dans le pacifisme, au début du Conte du Graal " au jardin de sa mère " écoute " longuement le latin des oiseaux " comme le dit la " Chanson de recréance " des Yeux d’Elsa, il va finir par devenir, au terme d’une initiation difficile auprès d’hommes d’armes et d’un ermite, un chevalier au service de la justice et de la quête spirituelle du Graal. Et c’est bien ce qu’Aragon lit dans Chrétien de Troyes et qu’il oppose à la " morale de midinette " moquée par Montherlant (2): " Aux détracteurs de la civilisation courtoise, qui n’y veulent voir qu’une morale enjuponnée, on peut opposer le célèbre début de Perceval, où dans la forêt le Simple, le fils de la veuve, rencontre pour la première fois d’autres hommes, des chevaliers armés. On sait que la mère avait voulu tenir son fils éloigné du métier de la guerre, en le gardant dans l’ignorance même des armes et de la chevalerie. On l’imagine, elle dont le mari avait été tué à la dernière guerre, se jurant : Plus jamais ça ! et conseillant ses amis : Ne laissez pas vos enfants jouer aux soldats ! C’est de cette absurdité que nous avons connue que part l’histoire du jeune Perceval, qui deviendra le Chevalier aux Armes vermeilles. On ne peut croire vraiment que Chrétien partageât les sentiments de la veuve. Mais ennemi de la force brutale, de la violence qui opprime, il nous donne le premier dans l’histoire la leçon de Perceval, et, paraphrasant à peu près une formule moderne, je la résumerai dans ces mots : Un homme qui ne s’exerce pas au maniement des armes est indigne de vivre, que l’histoire a sévèrement confirmés ". (" La leçon de Ribérac ").

Maryse VASSEVIERE : Université Sorbonne.

  1. Magnifiée par Henri Pourrat, prix Goncourt en 1941.

  2. « …Les romans de la Table ronde, sous le couvert de la galanterie, c’est la chiennerie qui commence ; et c’est - plus grave encore - la morale de midinette, qui, depuis lors jusqu’à nos jours, en l’émasculant et en l’éloignant du réel, a fait tant de mal à notre France” (Montherlant)

 

« Exprimer une idée est une activité difficile à laquelle il faut s'exercer ; la télé supprime cet exercice ; nous risquons de devenir un peuple de muets, frustrés de leur parole, et qui se défouleront par la violence.

Albert JACQUARD

Publié dans LITTERATURE

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