Jeudi 10 Octobre 2013 - "Socialisme et communisme en France, 1830-1848 - Michel CORDILLOT et Daniel CHEROUVRIER.

Publié le par Université Populaire de l'AUBE

 

Michel Cordillot, professeur émérite à l’Université Paris 8, est également président de l’association Adiamos 89.(1) Collaborateur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, et l’auteur de divers travaux et ouvrages. Dernier livre paru: Utopistes et exilés du Nouveau Monde. Des Français aux États-Unis, de 1848 à La Commune, Paris, Vendémiaire, 2003.


Ses thèmes de recherche:
 

Histoire du socialisme international, 1848-1890. 

Socialistes francophones aux États-Unis, 1848-1922. 

Histoire sociale du département de l’Yonne.

 

Daniel CHEROUVRIER Ingénieur des Arts et Métiers,

qui proposera en miroir: "Itinéraires et profils républicains dans l’Aube" de la restauration au Second Empire: Ebauche de mise en perspective de quelques étapes de l’avancée des diverses familles républicaines et progressistes dans l’Aube et de quelques destins exemplaires tombés dans l’oubli.

A partir de la vie de Napoléon-Ambroise Cottet (1808-1880) et de son réseau de relations à facettes multiples.

Cotte, un ouvrier bonnetier devenu professeur de mathématiques, géologue de réputation nationale, produit et  continuateur de l’éducation populaire,  militant républicain et libre-penseur persécuté.

Daniel Chérouvrier  a découvert, reproduit, et édité les lettres d'Ambroise COTTET à son fils Jules (2). 

 

(1) Lien avec l'Association adiamos-89 (association pour la documentation et l'archivage des mouvements sociaux) : http://adiamos-89.wifeo.com/

(2) Jules Cottet était  parti s'installer aux Etats-Unis dans une communauté utopique qui prônait un communisme chrétien, selon la philosophie d'Etienne Cabet.

 

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AUTOUR DE NAPOLEON-AMBROISE COTTET

 

Partir de la vie et la correspondance connue de Napoléon Cottet pour aborder les balbutiements des mouvements socialistes et communistes dans l'Aube peut paraître une gageure.

Napoléon-Ambroise Cottet n'a jamais revendiqué pour lui l'un ou l'autre de ces qualificatifs.

Il se voulait républicain, démocrate, libre-penseur et anticlérical.

Quand il se présenta aux élections législatives en avril 1848 il se définissait comme le "représentant spécial des ouvriers et des instituteurs". Dans le foisonnement des clubs et des comités électoraux qui surgirent, il apparut comme simple membre du "Comité républicains des travailleurs du département de l'Aube", ouvrier mais avec son titre de l'heure "vérificateur des poids et mesures", un haut-fonctionnaire qui revendiquant haut-et-fort son origine prolétaire et demandait la présence des ouvriers parmi les candidats à la représentation nationale et soutenait celle de l'ouvrier Henry Finot.

Un autre comité déclaré plus radical au sens de l'époque,plus à gauche "Comité des ouvriers unis" présidé par Person, ouvrier délégué des menuisiers, ébénistes et ayant pour secrétaire Nicolas Laffrat, initiateur des sociétés ouvrières de secours mutuelles depuis plus de 20 ans, refusait cette compromission des ouvriers avec une partie de la bourgeoisie de gauche et critiquait vertement la condidature Finot.

Néanmoins, Napoléon Cottet continuait à entretenir des relations d'amitié avec les deux blocs opposés comme on peut le lire dans sa correspondance.

Naposéon Cottet s'apparente à un marginal sécant qui relie plusieurs groupes, classes sociales, écoles de pensées...

Contrairement à l'image que la police donnait de lui, ainsi que certains de ses adversaires irréductibles tels qu'Arsène Thévenot qui le poursuivra de sa rancune tenace trente ans après sa disparition, il n'offre pas le flanc aux acusations de sectarisme. Il est capable de nouer des alliances variables selon les situations. Ce qui le rapprochera ultérieurement d'une figure local du républicanisme opportuniste telle que Stanislas Baltet.

Son fils rejoindra en 1854 la communauté icarienne de Nauvoo dans l'Illinois, une colonie communiste. Ce départ se fera dans la douleur, sans adieu, Napoléon Cottet en souffrira, il attendra deux années que son fils rompe avec Cabet et participe à la majorité qui le destituera de son titre et rôle de gérant de la communauté pour exprimes ses réticences.

C'est avec plaisir encore que j'apprends que tu as quitté la société ; tu sais ce que je te disais à ce sujet, le communisme est avantageux sous le rapport matériel, mais la liberté individuelle y est trop entravée. Le despotisme de la règle commune est le plus écrasant de tous des despotismes. Car la règle ne doit faire aucune concession sous peine de ne plus être la règle. l'Etat le plus parfait selon moi serait celui où l'an appliquerait l'association au plus grand nombre possible des actes de la vie, mais en conservant son chez-soi. La liberté individuelle ne peut exister que là. (lettre 3, Troyes 24 Juillet 1857.

Il faudra attendre l'année 1866 pour que le mot "socialisme" apparaisse dans ses écrits : "J'ai aussi la faiblesse d'aimer ma vieille ville de Troyes, si coquette aujourd'hui, comparativement à ce qu'elle était jadis, et que je n'ai jamais quitté que de force... j'y jouis maintenant de plus de considération qu'à aucune époque de ma vie ; on dirait qu'on eut me faire oublier mes anciennes misères ; ce qui me fournit le moyen d'être utile et faire ma petite part dans l'édifice du progrès. Secrétaire de la Société d'horticulture, membre du comité Franco-Polonais, l'un des administrateurs et fondateurs de la société coopérative et d'épargne pour l'alimentation des ouvriers, sous peu archiviste d'une société industrielle en formation. Je trouve le moyen de faire du socialisme un peu partout ; et rien ne se fait dans ce genre qu'on ne vienne me demander ma coopération et mes conseils." (Lettre 23, 3 Février 1866).

"Quant à la ville de Troyes dont tu me demandes des nouvelles, si tu la voyais, tu ne la reconnaitrais plus. Elle est décrassée, sauf encore dans les coins détournés. Des trottoirs partout, des jardins superbes sur l'emplacement des anciens fossés, sur la place du marché au blé, sur la place du préau. Partout des bornes fontaines, un lycée magnifique et spacieux sur l'emplacement de l'ancien embarcadère, etc. J'oubliais un très beau cirque, près de l'ancienne porte de Preize, un théâtre restauré, et de très belles maisons le long des jardins. Tout cela a coûté cher, mais enfin les Etrangers n'ont plus ledroit de se moquer de l'ancienne capitale de Champagne". (Lettre 26, 20 Octobre 1868).

Nous allons donc avoir la République ou si tu veux un semblant de République ; mais nous aurons au moins le nom et selon moi c'est immense pour le moment ; il faut implanter ce nom, il faut habituer les populations à ce nom, et la chose viendra inévitablement à la suite. C'est en politique, surtout avec l'esprit français actuel, comme en agriculture : si on plante un grand arbre, au bout de peu de temps, il languit, meurt et tombe ; si on plante un jeune, tout jeune il s'enracine, grandit et tient bon.

C'est dont de la patience qu'il faut ; mais il faut aussi que les vieux Républicains travaillent dur à l'éducation des jeunes." (Lettre 32, 8 Juillet 1871).

 

NAPOLEON AMBROISE COTTET, ITINERAIRE ET RENCONTRES

 

Né à Troyes le 20 mars 1808, fils d'un ouvrier tisserand, il a bénéficié de l'enseignement mutuel qui s'implantait dans l'Aube avant de travailler lui-même huit ans comme ouvrier et de compléter son éducation au moyen de livres qu'il achetait et étudiait la nuit, la nuit des prolétaires.

En novembre 1826, sous l'impulsion de Charles DUPIN qui fournit l'idée et le professeur, un ancien élève de l'école Polytechnique, Alexandre LEYMERIE, le conseil municipal de Troyes ouvrit un cours gratuit de maghématiques et physique appliqués aux Arts et Métiers, Cottet fut un des élèves assidus parmi la centaine d'ouvriers qui assistaient à ces cours.

C'est dans ce cours qu'il rencontra Claude Joseph HABERT employé aux écritures qui deviendra un architecte répubé et un militant républicain actif et reconnun, il sera en 1865 l'un des deux premiers conseillers municipaux républicains élus au conseil municipal, l'autre étant Emmanuel BUXTORF, et l'animateur de l'Association internationale des travailleurs sur Troyes jusqu'à sa mort en 1870.

Cette formation lui permettra de rejoindre le service du cadastre du département de l'Aube sous la direcdtion du géomètre en chef Annibale GIORDANO (ou Jourdan) un mathématicien napolitain, persécuté dans son pays pour ses idées libérales et sa francophilie républicaine, qui choisira l'exile en 1802 et sera l'un des modèles des géomètres compétents recrutés pour la confection du cadastre dit napoliénien. Homme brillant, généreux, pionnier de l'éducation populaire et de l'assistance aux défavorisés, il marquera son collaborateur N.A. COTTET qui rédigera un éloge émouvant après son décès en 1835.

Produit de l'éducation populaire.

Troyes a été de 1815 à 1848, l'objet d'expériences pour le développement de l'instruction populaire, promotion de l'enseignement mutuel, gratuité pour les enfants pauvres, création de cours du soir gratuits.... en accompagnement des incitations du pouvoir central cherchant à créer les condition d'un développement économique (cf Charles DUPIN, à l'origine de la création des cours gratuits de mathématiques et phisique de LEYMERIE à partir de 1826) pendant les débuts de la Restauration. Tendance entravée par le triomphe des Ultras et la guerre déclarée à l'enseignement mutuel par l'Eglise catholique, les tracasseries qu'une partie des responsables locaux imposeront au même Alexandre LEYMERIE ainsi qu'au Docteur Noël-Innocent PATIN qui crée et donne des cours gratuits d'hygiène à la mairie de Troyes qui seront jugés subversifs.

La révolution de 1830, les débuts de la Monarchie de Juillet permettront une reprise de ces cours.

Et comme le remarque Jean Luc BELIN dans son étude publiée en 1979 dans les Etudes Champenoises "les cours du soir à Troyes de 1815 à 1848" confrontation de tendances contradictoires : conservatisme clérical et féodal, libéralisme humaniste de bourgeois éclairé et généreux, nolibéralisme. Demande de nouvelles compétences ouvrières pour améliorer la qualité du travail, sans oublier la peur, réactivée à chaque crise révolutionnaire, de la subversion sociale par des prolétaires mieux instruits et donc plus conscients.

Confirmation d'une partie des propos de l'industriel troyen, membre de la SAA - dans une étude publiée en 1871 - Julien Gréau "Quelques institutions publiques à Troyes" qui rendait justice à l'action des Annibale JOURDAN, Alexandre LEYMERIE, Noël PATIN, Napoléon COTTET, Amédée AUFAUVRE... et constatait les réussites individuelles et collectives qui en découlaient : "M. HABERT, qui d'employé aux écritures est devenu architecte distingué, M. GILLET, père, mécanicien dont le nom est connu dans les deux mondes, et à qui notre ville doit en grande partie l'industrie des métiers circulaires ; M. BIGEY, et le perfectionnement des pompes notamment à incendie ; M. PISSOT qui a construit à Troyes les premières machines à vapeur ; M. LECLERC ouvrier tisserand devenu conducteur des ponts et chaussée ; M. CAILLET, ouvrier orfèvre devenu répétiteur de mathématiques au Lycée Saint-Louis puis professeur à TROYES et M. COTTET, simple ouvrier tisserand en 1826, reprendra les cours de LEYMERIE, sera professeur de géométrie à l'école normale, vérificateur des poids et mesures..."

Et vraisemblablement aussi l'inventeur et industriel Julien Joseph JACQUIN, proche de Pierre LEROUX et Pierre JOIGNEAUX qu'il invitera à présider un banquet républicain organisé dans son usine le 30 Avril 1849.  

 

Jeudi 10 Octobre 2013 - "Socialisme et communisme en France, 1830-1848 - Michel CORDILLOT et Daniel CHEROUVRIER.

SOCIALISTES ET/OU COMMUNISTES AUBOIS période 1820-1850

La distinction entre les différents courants de pensée n'est pas aisée dans l'Aube. Les principales sources d'information proviennent des rapports de forces de l'ordre qui ont exercé une surveillance attentive de tous les opposants au régime.

L'imprimeur troyen Stanislas BOUQUOT fut arrêté et condamné en 1816 pour l'impression du journal le NAIN TRICOLORE dont l'un des rédacteur était Robert Emile BABEUF, fils aîné de GRACCHUS, ("La conspiration des égaux").

Julien Joseph JACQUIN se fera remarquer par la police, en 1832 pour une tentative de plantation d'un arbre de la liberté, et un affrontement physique avec le Préfet SAINT-DIDIER.

Exemple de Surveillance policière des "agitateurs".

Le 13 Octobre 1840

Le commissaire de police spéciale du 2ème arrondissement Ville de Troyes

à Monsieur le Préfet, 

Hier au salon de Mars, bal où se réunissent les ouvriers, et où il existe une espèce de théâtre... les ouvriers ont fait chanter la Marseillaise. Ils en sont sortis et ont parcouru la ville au nombre de soixante environ. L'un d'eux portait en traversant la mairie une grande branche de peuplier où il y avait un mouchoir en guise de drapeau. Ils ont dansé en rond sur la place de la Préfecture, vous avez dû les voir. A onze heures tout était parfaitement colme. Il n'y a rien eu pendant le reste de la nuit.

Je suis avec respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.

L. CERFBER.

Le 23 Octobre 1840

Peu de monde au théâtre.

La Marseillaise n'a pas été demandée.

L'Almanach populaire et l'Almanach démocratique ont été saisis à Paris avec la brochure de M. LAMMENAIS "Le pays et le gouvernement". J'en avais fait acheter un exemplaire chez le Sieur BOUQUOT et chez GADAN.

Nous avons fait des visites chez les libraires. BOUQUOT a tout vendu dans la journée d'hier. CARDON imprimait les oeuvres de LAMMENAIS.

 

QUELQUES REPERES ORGANISATIONNELS PERIODE 1848

 

COMITE REPUBLICAIN DEPARTEMENTAL

Président : VAUDE, architecte

Vice-Président : PATIN, Docteur en médecine

                         GAYOT Amédée, conseiller d'arrondissement

Secrétaires : ARGENCE, Avocat, qui se ralliera à Louis-Napoléon BONAPARTE

                    DUCLUZET, Conseiller municipal

Secrétaires-adjoints : COLLARD, Agent de change

                                  LALOY, Propriétaire

                                  FINOT Henri, Ouvrier

 

COMITE REPUBLICAIN, RADICAL ET CENTRAL DE L'AUBE

Président : CARDON, Imprimeur, démissionne

Vice-président : JACQUIN, Négociant

Trésorier : HABERT, Architecte

Secrétaire : Amédée AUFAUVRE, Rédacteur en chef du Propagateur

                 Jean François GADAN : Teneur de livres

Membres : Saussier-Leroy, Saussier-Millot, Laffrat Prote, Emanuel Buxtorf, directeur assurances, Petit professeur de trait et tailleur de pierre, Simon professeur de mathématiques...

Délégués des corporations : Boucherat, Boevenger charron, Chambonnet bottier, Roth ferblantier, Raulard serrurier, Charses Costel tailleur, Courillon fileur, CXharles Itier fileur, Guillon peaussier, Fouquet fileur, Drujon bonnetier.

Membres d'honneur : Steinmetz professeurf d'allemand et d'anglais, Michel Wicholowicz et Stanislas Czaykowski officiers polonais.

JOURNAUX

L'AUBE

Rédacteur en chef Jules Magister, monarchiste, professeur au Lycée de Troyes, révoqué, censeur Lycée de Chaumont, (futur gendre de Bouquot)

LA SENTINELLE DE L'AUBE

1er numéro 15 Mars 1848

L'ordre dans la liberté - Respect des personnes et des propriétés dans la République -Libertéé Egalité Fraternité

Administrateur Boutiot

LE PROPAGATEUR DE L'AUBE

Amédée Aufauvre rédacteur en chef,

Changement de ligne politique, Cardon quitte la présidence du comité républicain, radical central de Louis Ulbach, recentre un discours de plus en plus polémique, et remplace Aufauvre fin avril 1848

Fusion avec la Sentinelle, qui arrête sa diffusion, en juin 1848

LE PROGRESSIF

Journal lancé par Amédée Aufauvre sous le titre le Progrès puis le Progressif juin 1848

LA VOIX DU PEUPLE

Organe des intérêts républicains

Journal de la Société des Amis du peuple

Fraternité - ni terroristes, ni communistes, ni utopistes irréels

Rédacteur en chef A. Larive

Lien avec le Comité républicain, radical et central de l'Aube

ULTERIEUREMENT SUR TROYES (début années 1850)

LE POPULAIRE DE CABET

LA REFORME SOCIALE de Luc Desages (gendre de Pierre Leroux).

 

PERSONNALITES REPEREES DANS LE MAITRON (une trentaine)

FAFFRAT Nicolas

Né le 3 novembre 1800 à Troyes, mort le 23 Avril 1870 à Troyes. Prote d'imprimerie, propagateur des sociétés de secours mutuels et républicain aux idées sociales avancées, en relations avec Ledru-Rollin, Louis Blanc et Auguste Blanqui.

En 1819, âgé de 18 ans, Laffrat créa une "société de secours mutuels" avec quelques ouvriers typographes. Elle vécut deux ans et compta au plus 23 membres.

En décembre 1833, sollicité par des ouvriers typographes, relieurs et cartionniers, Laffrat rédigea des statuts adressés en janvier 1834 au préfet de l'Aube. Il écrivit à Thiers, ministre de l'intérieur avec un esprit caustique "Comme la sympathie pour le bien n'est pas généralement très grande, le nombre des sociétaires ne sera guère au-delà de 30." Que craindre d'une société de 30 hommes au milieu d'une société de 30000 âmes!" : "Réunis pour nous secourir mutuellement, nous ne séparerons que quand nous n'aurons plus besoin de secours, c'est-à-dire jamais, car nous autres ouvriers, nous travaillons longtemps et beaucoup pour être longtemps pauvres."

La société fut effectivement autorisée en 1834.

De 1834 à 1847, neuf sociétés de secours mutuels furent fondées à Troyes : ouvriers tanneurs et mégissieurs, ouvriers tailleurs (en février 1842), puis menuisiers, ébénistes et tourneurs, enfin fileurs, cordonniers et peintres, tous firent appel à Laffrat pour rédiger leurs statuts. Il créa, en décembre 1847, une "Caisse centrale" de toutes les sociétés, qui accorderait des secours supplémentaires.

Les événements de 1848 montrèrent que Laffrat était plus qu'un mutualiste philantrope. Il se retrouva aux côté du commissaire du Gouvernement provisoire Crevat dans le "COMITE républicain radical et central de l'Aube" soutenu par les journaux  LA VOIX DU PEUPLE et LE PROPAGATEUR. Il était aussi secrétaire du "COMITE DES OUVRIERS UNIS" et de la commission chargée de correspondre avec la Constituante pour l'amélioration du sort des travailleurs et il se rendit avec Cabot et Vanstienne à la Commission du Luxembourg. Certains de ses compagnons formèrent un "COMITE REPUBLICAIN DEPARTEMENTAL DES TRAVAILLEURS" concurrent soutenant la candidature d'Henry Finot, ouvrier typographe plus modéré soutenu par la "Sentinelle républicaine de l'Aube".

Le 19 Mars 1848, Laffrat présida une "Assemblée générale des ouvriers" de Troyes à la Halle aux Blés, afin de proposer des candidats à la Constituante. Dans son discours on retrouve, à côté de principes politiques républicains, des revendications sociales : l'ouverture d'ateliers nationaux, l'abolition des lois relatives aux coalitions ouvrières, l'admission d'ouvriers aux conseils de prud'hommes, etc.

Désigné comme candidat ouvrier pour la Constituante. Sans avoir fait campagne, il n'obtin que 285 voix très loin de son "adversaire ouvrier" Finot qui eut 12598  voix sans être élu. Les sept élus, sont 6 républicains de la veille ou du lendemain, des républicains modérés Lignier, Millard, Amédée Gayot, Stourm, Delaporte, Gerdy et un monarchiste Blavoyer. Ils obtinrent entre 61484 et 26674 voix devançant le premier républicain radical modéré Regnaul--Velut non élu avec 24205.

Les électeurs dispersèrent leurs voix sur 44 personnalités, ce qui handicapa les candidats les plus radicaux qui toutefois étaient minoritaires dans l'opinion. L'application du suffrage universel de manière précipitée, ne les aida pas, comme ils le pressentaient. La division fit le reste.

Henry Finot ouvrier 12598, Pance 8900, Grisier 6816, Labosse 6373, Cottet 3919, Crevat 2694, Sallard 1536, Lemoine ouvrier 1524, Lefebvre 1368, Jaquin 1303, Rovere 1278, Masson du salon de Mars 699, Napias 507.

Frères NAPIAS Claude-Dominique et Louis Marie

L'aîné Claude-Dominique Napias-Piquet né à Romilly-sur-Seine (Aube) en 1813, notaire à Sézanne, se fait agriculteur à Saint-Just dans la Marne, militant socialiste, fouriériste, il écrit dans l'organe de la Société des Amis du Peuple, LA VOIX DU PEUPLE.

Le cadet Louis Marie, né le 15 Mars 1815 à Romilly-sur-Seine (Aube). Socialiste comme son frère. Militant très actif dans la région de Romilly. Il faisait des portraits au daguerréotype dans les vllages. Négociant, entreprenant et déposant plusieurs brevets.

Propriétaire de l'ancien château du maréchal Brune à Saint-Just (Marne). Ils y établirent en 1849 une colonie agricole et industrielle. Elle comprenait en mai 1850, au moment de la publication de ses statuts, 40 colons, et sa présence dans la région "pervertissait" les populations ouvrières par la PROPAGANDE DEMOCRATE SOCIALISTE dont elle était le centre. Les manoeuvres d'un notaire, aboutirent à la fin de 1850 à l'expropriation et à lavente de la colonie.

En 1851, les frères Napias étaient fabricants de lits en fer et marchands tapissiers, 14 rue Coquillière, à Paris, et inventeurs d'un sommier élastique exposé à Londres.

Poursuivis après le coup d'Etat, à la suite de l'enquête menée à Epernay, ils furent expulsés et s'exilèrent en Angleterre avec leurs enfants, confirmation donnée par le fils aînés de Claude-Dominique, le Docteur Henri Napias, dans sa biographie établie pour son dossier de chevalier de la Légion d'honneur.

Publié dans HISTOIRE

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