"SIND SCHWARZE DA ?" "Y A-T-IL DES NOIRS ICI ?" ENQUÊTE SUR LES MASSACRES DE TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS DANS L'AUBE EN JUIN 1940

Publié le par Université Populaire de l'Aube / UPOPAUBE

"SIND SCHWARZE DA ?" "Y A-T-IL DES NOIRS ICI ?" ENQUÊTE SUR LES MASSACRES DE TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS DANS L'AUBE EN JUIN 1940

Le 9 juin 1940, le marsouin Michel El Baze, tout juste fait prisonnier, assiste à une scène inédite dans les environs de Mareuil-la-Motte, dans le département de l’Oise : « Dans un pré, un officier allemand caracole sur un magnifique cheval blanc, un revolver en main. Un tirailleur sénégalais court, l’officier tire. L’énorme masse noire tombe. On rit. Voilà un autre Sénégalais, je détourne les yeux, ma tête éclate, je pleure. »

Ce témoignage de crimes de guerre appartiennent à une longue série d’exactions récemment mises à jour par les historiens de la période et qui concernent les soldats noirs. Si d’autres crimes ont été commis contre les civils et les soldats d’origine européenne de l’armée française durant cette campagne, ils sont sans commune mesure avec ceux commis contre les fameux « tirailleurs sénégalais », ces soldats noirs recrutés dans les colonies françaises de l’Afrique subsaharienne. Ils étaient environ 15 000 noirs et africains parmi les 1,5 millions de soldats que comptait à l’époque l’armée française (il y avait aussi 456 Antillais). 

Les premiers massacres de soldats noirs interviennent sur la Somme à la fin du mois de mai 1940, dans la localité d’Aubigny. Ils prennent véritablement toute leur ampleur quelques jours plus tard, à partir du 5 juin 1940, dans le même secteur à l’issue de l’effondrement du front français. En mai et juin 1940,entre 1 500 et 3 000 (les chiffres restent imprécis) soldats noirs de l’armée française sont assassinés par les troupes d’invasion allemandes. A plusieurs reprises, ces massacres prennent un caractère cynégétique : scènes de chasse à courre, tir au pigeon, chasse en meute. Le soldat noir est transformé en gibier.

Cette «chasse» aux soldats noirs est un des aspects de l’animalisation des soldats coloniaux qui trouve un épilogue jusque dans le sort réservé aux cadavres souvent abandonnés et dépouillés de tous moyens d’identification ou privés de toutes sépultures.

Publié dans HISTOIRE LOCALE

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