L'AG DE L'UPOPAUBE : 29 MARS 2017

Publié le par Université Populaire de l'Aube / UPOPAUBE

"Chers amiEs, chères amis au féminin, au masculin et si nous étions allemands un chers amis neutre. Mais ici personne n’est neutre, puisqu’il est là pour soutenir notre travail de conviction, de défrichement, de transformation.

Je vais illustrer mon propos par des images humoristiques. Ca s’appelle la distanciation, méthode brechtienne par excellence (Das Verfremdungseffekt). Les conférences et les débats proposés dans notre université, permettent d’aller plus loin dans la compréhension du monde pour donner des clés, sortes d’armes individuelles ou collectives. Das Buch ist eine Waffe : « Le livre est une arme », disait encore Brecht. Le livre est nécessaire et l’écriture indispensable. Les deux vont l’amble. Il y a nécessité de lire, de prendre des bains de lecture, toutes matières confondues, roman, poésie, histoire et sciences, sans oublier la réflexion politique. Tout nous apprend à être citoyen.

A chaque conférencier est souvent lié un ouvrage. Pour Serge Wolikow, c’est la vie des vignerons et le Front populaire pour ne parler que des derniers-nés. Le livre, dans notre imaginaire, c’est l’arbre de la connaissance. Les salons du livre, les bibliothèques de rues, les boîtes à livres tentent d’entraîner les enfants à la lecture. Mais, les adultes aussi en ont terriblement besoin ! Lire c’est bien, mais ce n’est pas suffisant.

Entendre les conférences de L’UPOPAube, c’est bien aussi, mais ça ne fait pas la révolution. Ce savoir original qui est diffusé par des pros, des chercheurs, des penseurs, doit être propagé, répandu, reproduit, pas seulement dans des You Tube ou des articles, non, il doit être retransmis par vous-mêmes, grâce à votre effort personnel. Là est le secret. La grande affaire est de pouvoir  s’approprier la substantifique moelle (Rabelais), la quintessence du discours, c.a.d, la cinquième partie, la plus élaborée.  

Certains ne comprendront pas pourquoi j’insiste. Quand on sort d’avoir entendu un de nos conférenciers, on se dit, ça y est j’ai compris. Mais comme le répète le diable dans l’histoire du soldat de Ramuz « Parce que je sais, moi, là où les autres croient seulement ! » Et c’est quand on veut transmettre (ce qu’on croit savoir), qu’on voit la difficulté. Dire, écrire, formuler, devrait s’apprendre au contact de notre université. C’est pourquoi nous cherchons depuis deux ans à ce  que nos conférences aient des conséquences, il faut qu’elles aient de la suite dans les idées. Il faut que nous trouvions le moyen de transmettre ce qui est énoncé par l’intervenant, et qui doit faire tache d’huile. Les idées doivent imbiber les circonvolutions, se nourrir, grandir pour devenir utiles. Il faut que chacun de vous devienne un ambassadeur d’idées, un passeur de textes (ou de texticules !), un agitateur de neurones. Dans cette transmission, il y a l’art de votre parole. Les tribuns, les grands auteurs, les historiens nous séduisent. Parfait. Mais rentrés dans votre demeure ou chez votre automobile, qu’ont-ils dit ? Sauriez-vous résumer leur parole ? C’est cet effort de remémoration qui est nécessaire. Pour vous d’abord. Pour d’autres aussi avec qui on peut alors échanger. C’est ce qui permet la confrontation des idées. Puisque, dit Brecht, il faut prendre le pouvoir ; Wir müssen die Regierung nehmen. Et puis, comme dit encore Brecht, pour prendre le pouvoir, il faut d’abord  savoir ce qu’on veut prendre.

C’est en fait redevenir  propriétaires de ce qui nous appartient. Mais sait-on ce qui nous appartient ? Nous en avons perdu même la conscience. Votre commune vous appartient, votre mairie, votre canton, votre région, votre pays. Si vous l’oubliez, ce sont les autres qui le prendront et le géreront. Ils l’ont déjà fait, vous ne croyez pas ? Le territoire vous appartient, la rue, l’école, les monuments, les églises, le patrimoine, et tout cela, nous devons le gérer.  Si vous ne le reprenez pas, vous le laisserez aux loups. 

Devant l’abondance des informations, le bruit et la fureur du monde, il faut savoir trier le bon grain de l’ivraie, « tirer le radium de la pechblende », disait Aragon, apprendre simplement à être des lecteurs lisant entre les lignes, spectateurs ne s’en laissant pas conter et acteurs prenant enfin la parole. Citoyens donc. 

Nos conférences se veulent dissidentes. Elles veulent apporter du neuf, du vrai, de la matière énergétique, de l’aliment pour les débats en cours, débats sociaux, historiques, littéraires. C’est cela faire de la politique, se mêler de ce qui nous regarde et nous fait vivre. C’est aussi se moquer de ce qui est politicien. On ne suit pas la mode. On ne cherche pas à faire de l’audience. On ne veut pas rabâcher ce qu’on entend chaque jour. Notre volonté est d’aller chercher au fond des choses, au fond du puits… On cherche l’essentiel pour les débats d’aujourd’hui. Pour être efficaces.

Deux exemples :
On a fait venir Christophe Prudhomme qui a pointé du doigt les maisons de retraite qui exploitent une mine juteuse qu’il appelle : l'industrie de l’or gris, il me semble qu’on fait un saut qualitatif dans la compréhension de ce monde des maisons de retraite. On comprend parfaitement que les appétits privés cherchent à étrangler la chose publique. On a vu ce même Christophe Prudhomme, sur Antenne 2 dire à François Fillon, l'extrême souffrance des personnels des urgences. Le service public qui doit être amélioré. Et de l’autre François Fillon, lui répondre que c’était un discours idéologique. Il faut décrypter ce mot, un mot-balai, un mot refus de discuter. Et Serge, tout à l’heure, risque de nous dire qu’il y a une même parole jetée à la tête des historiens : « vous faites de l’histoire idéologique » ! Alors que c’est tout le contraire, ceux qui font de l’idéologie, ce sont ceux qui veulent qu’on apprenne la liste de nos rois, qui veulent qu’on garde Jeanne d’Arc, Saint- Louis et Charles Martel, tels qu’ils furent enseignés. De l’ histoire  fictive ?

Quand Alain Borer dit ou dira le 4 avril « Il y a plus de mots anglais sur les murs de nos villes que de mots allemands pendant l’occupation », on comprend que le polémiste Borer veut nous expliquer comment l’Amérique nous colonise en sourdine. Par le mots, la façon de vivre, l’économie… 

Et nous sommes responsables, nous, citoyens, de tout ce qui nous arrive, parce qu’on laisse faire les choses, on abandonne notre liberté aux institutions, tellement on est certain que la République veille sur notre intégrité et notre liberté. Cela ne vous fait-il pas penser à ce petit bijou d’Etienne de la Boétie, ce bon ami de Montaigne,  le « discours sur la servitude volontaire ». Ecrit en 1574 !!! Comment expliquer autrement le succès des dictatures de par le monde sans se dire que les peuples ont à ce sujet,   une part importante de responsabilité ? L’obéissance, le respect des institutions,  n’est-elle pas un préalable à la soumission et à la tyrannie ? Quand on a perdu des libertés, c’est qu’on y a renoncé volontairement en partie tout au moins. Pensez au peuple allemand en 1933 et aux Français en 1940 ? Seuls, ceux qui luttent, même s’ils ne gagnent pas, sont dignes d’être nommés citoyens, d’après la Boètie …et moi. 

Et en 2017, se souvient-on de Patrick Lelay sur TF1 ? C’est donc le moment d’utiliser notre  temps de cerveau humain disponible pour autre chose que la pub, ou le conformisme, ou pire le discours ambiant.  Ne vous prêtez pas à l’audimat, donnez-vous aux maths, à Socrate, à la sonate, Evitez cependant le fulminate ! Soyez dissident, désobéissant, mutin, frondeur, insoumis, rebellez-vous, soyez réfractaire. Il faut remettre en cause non seulement ce qu’on vous dit mais aussi ce que vous croyez savoir. Les savants, les historiens, c’est ce qu’ils font quand ils fouillent. Ils cherchent, mais aussi inventent de nouvelles pistes de réflexion, ils extraient la vérité du puits, ils inventent des concepts. Il y a de quoi s’occuper si on veut changer le monde. Pas de quoi s’ennuyer à attendre un changement quelconque.
Tout à l’heure, Serge nous parlera d’histoire, une science qui bouge, elle n’est pas la seule, Je me souviens comment on nous l’apprenait autrefois… C’étaient les grands hommes qui faisaient l’histoire, en gommant totalement le poids des peuples. Si Napoléon fut un grand stratège, les peuples européens eux, aspiraient aux idées de la Révolution française. L’historien doit faire la rencontre entre deux concepts, en inventer un troisième.

Pour terminer ces réflexions plus ou moins efficaces, j’indique que nous sommes sollicités pour des conférences. C’est le bénéfice du succès.  Il y a beaucoup de gens talentueux qui pourraient nous parler de Sagan, de la guerre de 30 ans, des maladies chroniques, les sujets sont innombrables, mais on ne cherche pas l’encyclopédisme, on veut, comme vous l‘avez bien compris, faire réfléchir sur le fonctionnement de notre société. Donc on veut allumer un contre-feu pour alimenter la machine à idées.

Il nous manque aussi un lieu correct et permanent. Les salles utilisées n’ont pas la qualité sonore requise. Elle est même parfois désastreuse, sauf au Petit Louvre (mais trop petit). La seule salle qui nous aurait convenu, c’est la salle Fernand Doré, l’ancien conservatoire, aux qualités acoustiques incontestables ainsi qu’à la capacité correcte. On connaît hélas son destin. Pour le moment ! 

Je pense aussi à créer de petites formes, davantage leçons de choses que conférences, des lectures comme au Printemps des poètes encore raté cette année. D’où ces textes que nous disons de temps en temps pour vous mettre en appétit.

NOTRE ASSO se porte bien et a su regrouper une équipe efficace. Elle progresse de 30% en adhérents. On avoisine les 250 « upopaubois » Gérald Bazin a organisé la réception. Le bureau se réunit tous les mois environ  pour discuter des conférences à venir et de leur utilité. Il y a Catherine Lefèvre, Dominique Sabroux, Florian Ferrebeuf (qui vient d’obtenir un doctorat d’histoire), Les Romillons qui peinent un peu à remplir les salles, Eliane et Gilbert Lainé, Yves Lévêque, Daniel Jourdain. Michèle Vasseur nous quitte pour raisons personnelles.

NOS  ACTIVITES ET NOS INTERVENANTS
Nos conférences sont très suivies. Notre public peut encore s’élargir. Nos intervenants viennent gratuitement, bien que d’un haut niveau de compétence. Pas de conférenciers de luxe chez nous. Nous leur offrons cependant le gîte et le couvert et nous tombons souvent en amitié. C’est le cas pour Serge. Ils sont descendus de leur tour d’ivoire pour s’engager et se compromettre. Ce sont des personnalités très diverses, séducteurs pour la plupart, pertinents et impertinents, des artisans qui ont limé leur ouvrage pour nous offrir de l’argument excitant et de l’idée roborative. Des empêcheurs de penser en rond. Ils ont la volonté de continuer à mettre du plomb dans la tête des gens qui veulent changer le monde, pour que ceux qui refusent de le bouger aient du plomb dans l’aile.
Suivent les images de toutes les conférences de l’année 2016-2017.

Je vous remercie de m’avoir écouté, certains très attentivement." 

Jean Lefèvre

Note : nous enverrons les textes dits lors de cette AG à tous ceux qui nous en feront la demande.

La gestion financière a été présentée par Jean-Marc WEINLING. Les vérificatrices aux comptes Dominique DOUINE et Yvette PEUCH, ont donné quitus.

Le Conseil d’Administration  a été ensuite renouvelé. Sont élus et réélus :
Gérald Bazin, Florian Ferrebeuf, Daniel Jourdain, Éliane Lainé, Gilbert Lainé, Catherine Lefèvre, Jean Lefèvre, Yves Lévêque, Gérard Massua, Alain Ragnatela, Dominique Sabroux, Jean-Marc Weinling, Serge Wolikow. 
Yvette Peuch, nouvelle élue est remplacée par Yves Petitjean comme vérificateur aux comptes.

SERGE WOLIKOW est ensuite intervenu pour parler du rôle des historiens aujourd’hui. Il y a nécessité dit-il,  de se pencher sur l’histoire populaire, la grande oubliée des études historiques. Cette histoire extrêmement riche   des peuples en activité (on pense dans l’Aube à la bonneterie) peut alimenter et revivifier les concepts. 

 

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