DANIELLE TARTAKOWSKY ÉVOQUE LE FRONT POPULAIRE

Publié le par Université Populaire de l'Aube / UPOPAUBE

Éliane Lainé, Danielle Tartakowsky et Jean Lefèvre

Éliane Lainé, Danielle Tartakowsky et Jean Lefèvre

Historienne, spécialiste des mouvements sociaux, Danielle Tartakowsky maîtrise son sujet et la pédagogie pour en faire partager la richesse et toutes les nuances. Dans le temps court d’une conférence, un exercice non pas de haute voltige mais le mûrissement d’un travail long et passionné d’artisan, attentif à chaque détail et soucieux de donner un bel ouvrage.

Le Front populaire est de ces périodes de l’histoire qui, malheureusement - et souvent à dessein -, sont vite recouvertes d’une gangue idéologique et données à voir à travers une pléthore de miroirs crasseux ou déformants. C’est tout le mérite de l’UPOPAube et de sa jeune antenne romillonne qui l’avait invitée, de vouloir, comme on dit, «remettre les pendules à l’heure». 

L’histoire du mouvement social (au sens large) et du mouvement ouvrier donne lieu à de plus en plus de travaux et de recherches historiques. L’ouverture d’archives pendant longtemps inaccessibles (celles de l’ex-Union soviétique mais aussi, chez nous, de la période pétainiste, par exemple) a redonné du grain à moudre aux historiens. L’histoire sociale est une belle cathédrale qu’ils s’attachent à dégager des scories de toute nature.

Si, nous dit l’historienne, le Front populaire est un événement «national», il s’insère dans le contexte mondial de l’époque : celui du fascisme en Italie, du nazisme en Allemagne et des extrêmes droites en France. «Des» extrêmes droites, insiste-t-elle, qui composent en France un patchwork tricoté avec des monarchistes, des associations d’anciens combattants... sans oublier certaines organisations catholiques. Evénement national avec la réappropriation par les organisations ouvrières (CGT, CGTU, SFIO, PCF) du drapeau tricolore et de la Marseillaise, le 14 juillet 1935, fête de masse conçue comme un pendant de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790. 

Et puis il y a la crise mondiale, le «Jeudi noir» (krach boursier de Wall Street, le 24 octobre 1929) qui frappe la France plus tardivement que d’autres pays européens mais qui finit par l’atteindre. Autre élément important, l’extrême instabilité politique avec une succession de gouvernements éphémères (quelques mois voire quelques semaines) dont le pivot est les radicaux qui ondoient entre centre droit et centre gauche au gré de leurs fredaines politiciennes.
Séquence politique très rapide (Blum forme son gouvernement le 4 juin 1936 et démissionne le 21 juin 1937) mais séquence historique beaucoup plus longue, pour Danielle Tartakowsky, et qui aura des prolongements jusqu’en 1946, notamment dans le mode d’organisation et le programme économique et social du Conseil National de la Résistance.

Grèves avec occupations des lieux de travail (du jamais vu !), accords de Matignon et contre-offensive très rapide et très dure du patronat, guerre d’Espagne, le rôle moteur du PCF et de l’Internationale communiste, celui des intellectuels antifascistes (CVIA, Amsterdam-Pleyel, etc.)... autant d’événements qui ont été évoqués. Mais attention, met en garde Danielle Tartakowsky, si la période actuelle présente, de prime abord, de nombreuses similitudes avec celle du Front populaire, elle est catégorique : on ne refera pas l’histoire à l’identique. Et si un "Front Populaire du XXIè siècle" est appelé à voir le jour, il n’aura qu’une filiation ténue avec celui de 1936. Héraclite le disait déjà dès le Vème siècle avant notre ère : «on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.»

Prochain rendez-vous le 8 décembre avec Serge Wolikow qui évoquera «le monde du Front Populaire».

DANIELLE TARTAKOWSKY ÉVOQUE LE FRONT POPULAIRE

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