BERNARD FRIOT : UN COLPORTEUR D’IDÉES RÉVOLUTIONNAIRES

Publié le par Université Populaire de l'Aube / UPOPAUBE

BERNARD FRIOT : UN COLPORTEUR D’IDÉES RÉVOLUTIONNAIRES

Invité de l’UPOPAube le 6 avril à Romilly-sur-Seine, l’économiste et sociologue a emballé bon nombre des cent personnes qui ont assisté à sa conférence sur le salaire à vie.

Une idée de « Professeur Maboul », avait trompeté, sans attendre la conférence, l’animateur d’un blog romillon qui, pour faire bon poids, décrétait Friot d’accusation : « homme dangereux ! ». Dangereux pour les certitudes bornées de ce blogueur et de ses coreligionnaires, assurément.

Il est vrai que l’économiste n’y va pas par quatre chemins. Ce qui, pour lui, est à l’ordre du jour, c’est la question du changement de mode de production capitaliste avec ses prolégomènes relatifs à la propriété. Qu’on se rassure, Friot n’est ni un « partageux » ni un « niveleur ». Il est pour la propriété privée, il le dit fort et clair, mais pour la propriété d’« usage », qui permet de disposer librement d'un bien pour un usage personnel ou celui de ses proches, bien maintenu en bon état de fonctionnement et qui n’est pas monnayé. Ce qu’il oppose à la propriété « lucrative », ce « cœur systémique » de la pieuvre capitaliste qu’il veut voir cesser de battre, et qui permet à un propriétaire de tirer un revenu d'un bien qu'il n'utilise pas, revenu qui est le fruit du travail d'un autre. Dans ce cas, c'est le droit de propriété qui est rémunéré, et non le travail.

Pourtant, toute richesse produite est - et n'est que cela - le résultat d’un travail collectif et des ressources naturelles mobilisées à cette fin. Les détenteurs de capitaux n'apportent aucune richesse. Ils achètent les moyens de production (terrains, bâtiments, outils, parts sociales des entreprises…) et, au titre de leur propriété lucrative, prélèvent une part de la richesse produite collectivement par d'autres, ce qui est pour l’économiste illégitime.

Et le salaire à vie dans tout cela ? Une utopie ? Que nenni, car il existe déjà. Et Bernard Friot, s’appuyant sur un travail minutieux d’historien, d’aborder la création de la Sécurité sociale que l’évangile capitaliste nous dit être née au sortir de la Seconde guerre mondiale. Ce qu’il conteste pour une large part : la sécurité sociale (comme les allocations et la retraite), sous des formes diverses et disséminées, existait bien avant. Pour lui, l’essentiel, la sève « révolutionnaire », c’est l’instauration à ce moment d’une caisse unique et d’un taux unique de cotisation, après une bataille de l'extrême gauche (anarchistes et trotskystes) et des communistes – avec le ministre communiste Ambroise Croizat en première ligne – confrontés à un patronat et des partis politiques et syndicats réformistes « vent debout ».

Salariés de la santé, de l’éducation, des services publics sont aujourd’hui déjà sous le régime d’un salaire à vie. D’où les attaques violentes qu’essuient ces secteurs, autant de la part des « réformateurs » de droite que de gauche. L’argumentaire développé par Bernard Friot pour la généralisation d’un « droit politique » imprescriptible, attribué dès la majorité (au même titre que le droit de vote), à un salaire à vie est d’autant plus convainquant qu’il est étayé chiffres à l'appui. Nous ne reviendrons pas ici sur l'arithmétique économique de cette proposition que chacun pourra trouver sur le site du Réseau Salariat, dont il est l’un des principaux animateurs.

Le crédit, grand prédateur capitalistique, (« on prête avec intérêt l’argent volé sur notre travail »), la laïcité (le conférencier tempêtant contre l’église la plus active aujourd’hui : l’« église capitaliste » qui, avec les mass-médias, prêche et sermonne du matin au soir)… ont fait l’objet de digressions non sans intérêt dans le déroulé d’un exposé qui a tenu ses auditeurs en haleine. Car Friot est un excellent orateur didacticien.

Un débat intéressant s’en est suivi qu’il a malheureusement fallu interrompre, l’heure avançant et Bernard Friot, colporteur infatigable d’idées « révolutionnaires », devant, sans plus tarder, reprendre son bâton de pèlerin. Dans le monde actuel où l’église capitaliste prêche la fatalité et la résignation à son sort du monde du travail, « j’espère, a-t-il dit en conclusion, vous avoir redonné espoir ». Pari réussi !

Alain Keslick

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