COUP DE CHAPEAU AU PROFESSEUR GRIMALDI

Publié le par Université Populaire de l'Aube / UPOPAUBE

Invité le 8 octobre par l’Upopaube, le diabétologue André Grimaldi a fait un état des lieux à l’hôpital public, critiqué ses dérives libérales et proposé des solutions. Près de 200 personnes sont venues pour comprendre ce sujet délicat et participer au débat.

Jean Lefèvre dans sa présentation n’a pas manqué de saluer le 70è anniversaire de la Sécu en citant « les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 qui ont fondé la Sécurité sociale, mise en œuvre par le ministre Ambroise Croizat avec l’aide de la plume de Pierre Laroque, mais sans oublier le soutien et la conjugaison de deux forces actives et déterminantes à la Libération: la Résistance unifiée (programme du CNR) et la puissante CGT. »

Dominique Douine-Varela, de son côté, dans une courte allocution indiquait toutes les difficultés qu’elle rencontrait maintenant pour gérer les tensions entre les organismes de santé et la mutuelle, tellement le poids de le rentabilité à tout crin se faisait sentir.

André Grimaldi a tout d’abord fait un état des lieux concernant le système de santé. La France est en avance dans les questions techniques et scientifiques ce qui permet de guérir et de réparer mieux qu’avant et de vivre plus longtemps. A l’époque des 30 Glorieuses, grâce à la sécu, « le progrès médical continu était associé à un progrès social régulier ». Hélas, aujourd’hui, il y a un renversement des valeurs qui font « du médecin un producteur de soins, du malade un consommateur et de la médecine une affaire. » Et de nous démontrer avec des exemples étonnants les dérives du système et comment « le juste soin au juste coût » exigé par l’éthique professionnelle s’accompagne maintenant de conflits d’intérêts.

Les périls les plus lourds viennent des choix « libéraux » opérés depuis les années 2000 qui poussent à gérer l’hôpital comme une entreprise. Le service public en subit les conséquences. Il est même remis en cause. Une privatisation rampante s’installe. Les dépassements d’honoraires se banalisent jetant à la poubelle le serment d’Hippocrate. Un système de codage des actes médicaux est mis en place (et on y emploie du monde pour le perfectionner et l’appliquer !). Il permet de choisir les « soins rentables » au détriment d’autres moins rémunérateurs. L’hôpital est saisi par le productivisme.

L’analyse faite par le professeur Grimaldi est chirurgicale. Il opère un voyage étonnant au cœur du système. L’administration est prise à partie ainsi que l’idéologie médicale. Un autre problème soulevé par le conférencier, c’est celui des maladies aiguës qui deviennent des maladies chroniques. Aujourd’hui, le médecin se spécialise à l’extrême, ce qui permet de beaux succès opératoires, mais le malade sauvé par un geste salvateur est dans cette phase un simple objet. Or, sorti de l’hôpital, une prévention secondaire doit être mise en place dans laquelle le malade redevient un sujet. La médecine ne sait pas assez prendre ce problème en compte. Etant donné aussi l’allongement de l’espérance de vie, le problème est explosif. On doit s’atteler à cette nouvelle donnée. Mais indique Grimaldi la logique médicale se heurte à la logique administrative.

On sait bien que les nouveaux administrateurs ont le culte de la calculette et de la statistique. Plus la technique se développe, plus le médecin en est esclave, « allant menacer en lui son humanité. »

Numerus Clausus établi par Giscard pour diminuer le nombre d’actes médicaux, la baisse du nombre de médecins a depuis légèrement progressé mais très insuffisamment. Une lettre ouverte avait été envoyée en 2004 au président Chirac, lettre signée par 1160 chefs de service et praticiens hospitaliers. Elle dénonçait le numerus clausus qui détruisait le bon fonctionnement du système de santé : manque de médecins, diminution du temps passé à la formation et à la recherche, tous ces problèmes menaçant l’avenir du système.

Le Pr Grimaldi a terminé son exposé en donnant quelques pistes pour sortir la médecine du libéralisme débridé où elle se vautre. Un débat public est nécessaire ce que l’Upopaube propose dans toutes les directions. On doit écouter les gens et on doit aussi leur donner les bonnes informations. Il est nécessaire de définir les priorités de santé. « Il s’agit au fond d’organiser un débat politique sur la signification du progrès dans notre société développée » dit notre invité. Mais les priorités étant définies et non modifiables au gré des changements politiques, il faut aussi organiser le contrôle public. Ce ne sont que quelques uns des points sensibles abordés par André Grimaldi.

Un riche débat s’est ensuite installé qui a permis d’en aborder d’autres. La conclusion est évidente : l’Université populaire est une des clés pour expliquer le monde et permettre des échanges nécessaires.

Jean Lefèvre

COUP DE CHAPEAU AU PROFESSEUR GRIMALDI

L'intervention préliminaire de Mme Dominique Douine-Varela (Aubéane)

"Bonsoir à toutes et à tous et merci d’être venus si nombreux, assister à cette conférence organisée en partenariat avec l’Université Populaire de l’Aube. Merci au professeur André Grimaldi, d’être le conférencier éclairé de cet anniversaire des 70 ans de notre "Sécu" mais aussi des 70 ans de nos mutuelles dont les missions avaient été redéfinies par l’ordonnance du 19 octobre 1945 à savoir prévention, couverture complémentaire santé et protection de l’enfance et de la famille. C’est aussi l’anniversaire des 70 ans des comités d’entreprises, qui se lancèrent, très vite dans la création de leur propres mutuelles d’entreprises, ces mutuelles ouvrières gérées et administrées par les travailleurs bien déterminés à s’occuper de leur Sécurité Sociale d’une part, et de leur propre mutuelle d’autre part.

Et en ce sens, la volonté de donner à chacun les mêmes droits pour pouvoir « se soigner selon ses besoins et cotiser selon ses ressources ». Notre mutuelle Aubéane, issue de ces mutuelles d’entreprises, est ouverte à tous, et donc à vous-mêmes. Elle demeure la seule mutuelle locale administrée par son propre conseil d’administration, gestionnaire mais aussi militant car soucieux de défendre les intérêts de ses adhérents, c’est-à-dire l’accès à la prévention et aux soins pour tous, basé sur un système de santé solidaire. Nos douze salariées ici présentes forment une équipe, dévouée et toujours à l’écoute et au service des adhérents.

70 ans aujourd’hui et quel constat ?

Les politiques libérales et les directives européennes d’assurance ont autorisé les institutions de prévoyance, les assurances privées et les « bancassureurs » à intervenir dans la complémentaire santé et à entrer en concurrence avec nos vraies mutuelles solidaires.
Confrontées aux pratiques assurantielles, commerciales, individualistes, de sélection et d’exclusion les mutuelles voient leurs principes solidaires mis à mal.
Parallèlement des mesures gouvernementales accélèrent le phénomène et nous indignent.
- L’ANI (Accord National Interprofessionnel) devenu loi dite de « sécurisation de l’emploi » oblige les salariés à prendre le contrat de complémentaire santé imposé par l’employeur ou l’accord de branche. L’appel d’offre profite aux assureurs et aux institutions de prévoyance et exclut toute solidarité avec les retraités et les chômeurs.
- Notre indignation grandit face à une mesure gouvernementale applicable depuis le 1er juillet, qui a consisté à mettre en concurrence les contrats de complémentaire santé des personnes en situation de précarité et bénéficiaires de l’A.C.S. (aide à la complémentaire santé). Le ministère a fait le choix de retenir 11 offres d’organismes nationaux en privilégiant le critère prix offrant ainsi la part belle aux banques et aux assureurs capables de casser les prix pour obtenir ce marché « des pauvres » et affaiblir un peu plus la présence des mutuelles.
- Après avoir annoncé un plan d’économie de plus de 3 milliards d’euros, le gouvernement vient de prévoir dans son plan de financement de la Sécurité Sociale pour 2016, la généralisation d’une complémentaire santé pour les personnes âgées de plus de 65 ans. Comment ? Et bien, de nouveau par un appel à la concurrence qui permettra aux assureurs de s’accaparer de cette population !

Au nom d’une couverture dite « universelle », le tour risque d’être joué. Pour le gouvernement, la couverture universelle c’est organiser une couverture complémentaire à chacun mais différente selon son statut social (un « panier de soins » pour les bénéficiaires de la CMU, un autre pour ceux de l’ANI, un autre pour ceux de l’ACS, et encore un autre pour les retraités …). Les jeunes et les chômeurs demeurent exclus de tous ces dispositifs incompréhensibles qui s’accumulent et divisent les uns les autres. C’est la disparition totale du système solidaire pourtant si nécessaire.

Pour nous, c’est une grave atteinte à l’universalité des droits tels que définie dans les ordonnances de la création de la sécurité sociale. C’est pourquoi nous poursuivons sans relâche nos actions, aux côtés des forces sociales, pour aller vers une sécurité sociale solidaire de haut niveau et reprendre le chemin de l’universalité et de la justice.

Je laisse à présent la parole au professeur Grimaldi qui va nous apporter toutes ses lumières pour y voir clair entre santé publique et business."

COUP DE CHAPEAU AU PROFESSEUR GRIMALDI
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