GEORGES GUINGOUIN

Publié le par Université Populaire de l'AUBE

Une légende du Maquis, Georges Gingouin, du mythe à l’histoire, Vendémiaire, 2014

Une légende du Maquis, Georges Gingouin, du mythe à l’histoire, Vendémiaire, 2014

GEORGES GUINGOUIN

« Une légende du maquis, Georges Guingouin, du mythe à l’histoire. »(1)

         Un nouvel ouvrage sur Georges GUINGOUIN vient de paraître : un travail d’historien, précis, fouillé, fourmillant de dates, de lieux, de personnages, de fait. La lecture de cette étude assez volumineuse (600 pages) nous procure bien des satisfactions tant par l’abondance des sources que par la clarté du récit. C’est presque du Michelet. Et, comme dans tout travail d’historien, nous y cherchons des pistes, un moyen de nous repérer dans tout ce qui a été dit sur ce héros de la résistance qui a nourri bien des passions puisqu’il a encore ses admirateurs et ses détracteurs. Le livre, selon moi, rétablit une simple vérité : Georges Guingouin mérite notre respect en tant que combattant de la résistance, parfois notre admiration, même si son caractère entier a pu provoquer l’incompréhension ou la polémique.

         Rappelons qu’il est né en 1913 à Magnac-Laval (87) et qu’il est mort à Troyes en 2005. Il habitait à Sainte-Savine avec son épouse née Henriette Montagne. Il fut instituteur à Montiéramey puis à Troyes (Paul Bert et Jean Macé). 

         Fabrice GRENARD passe au crible des sources les affabulations ou accusations pour revenir au vrai personnage.

         « C’était un pur, un idéaliste », a dit de lui le pasteur Chaudier. Cela explique son caractère intransigeant vis-à-vis de l’autorité d’où qu’elle vienne. Pourtant, il fut toute sa vie fidèle à l’idée communiste. Il sera donc, dès son adhésion en 1935, un militant très investi et  respectueux de la discipline. Il accepta sans sourciller le pacte germano-soviétique comme le fit Marguerite Buffard. C’était pour les militants de l’époque, une attitude courageuse et c’était prendre de gros risques. Ils seront d’ailleurs déchus de leurs mandats, exclus de leur métier et parfois emprisonnés et livrés plus tard aux Allemands par Vichy.

         Guingouin est forcé de choisir la clandestinité en février 1941. Il est isolé mais militant. Il distribue l’humanité clandestine et des tracts qu’il fabrique sans discontinuer. Sa foi en l’URSS est sans faille. Il a un accrochage avec Roucaute sur des questions de stratégie (le dirigeant communiste exige qu’il milite en milieu  ouvrier et non chez les paysans). Guingouin refuse. Au regard de l’immense travail qu’il a accompli dans ce milieu rural, on le comprend.

         Son maquis sera fondé au printemps 43. Il y mène un combat sans concession, avec courage et intégrité. On doit obéir au « Préfet du maquis. » Il dira être contre la forme pyramidale et centralisée de son parti , mais il l’applique pour lui-même. Meneur charismatique, Guingouin a reconnu l’autorité de Thorez jusqu’en 1953.

         Le parcours de Guingouin illustre tout à fait  celles des communistes de cette période tumultueuse. Il a connu sans protester la période de flottement idéologique du PCF en 1939 et tenté d’expliquer le revirement  de Staline signant le fameux Pacte avec Hitler. Était-ce plus héroïque ou plus républicain de trahir ses idées et de hurler avec les loups,  que de défendre « la ligne »dictée par l’Internationale communiste ? L’historien F. Grenard ne prend pas parti, mais remet Guingouin et ses camarades dans leur époque et explique que les communistes s’illustreront ensuite avec plus de facilité que les autres dans la lutte antinazie , du fait que leur culture politique était, depuis 1930 ,  axée contre le racisme et le fascisme en pleine expansion en Europe.

         Le Colonel Guingouin, surnommé « Lou Grand » organise donc la résistance dans le Limousin de façon intelligente et efficace. Malgré les ratissages de l’ennemi, il ne sera jamais pris, mieux, il exécutera de nombreuses missions spectaculaires. Il n’a été, dit Grenard, ni le premier maquisard de France, ni à l’origine du premier maquis, mais il fut un des mieux organisés et des plus efficaces.

         En fait dit Grenard, il y a deux Guingouin, le Guingouin de la légende auquel le héros a  beaucoup contribué, et le Guingouin de l’histoire réelle, celui des documents.  Ainsi, F. Grenard n’a pas trouvé trace de l’ordre que le « préfet du maquis » aurait reçu  d’occuper Limoges quelques jours après le débarquement, ordre qu’il aurait refusé d’exécuter pour préserver la population du massacre. Il a quand même  libéré la ville un peu plus tard, le 21 août.  Mais la tactique d’encerclement de la ville fut une décision collective (Rivier, Staunton, Guingouin) Et malheureusement, les libérateurs  laissèrent échapper les miliciens  de Vaugelas et la garnison du Gal Gleiniger que les SS contraindront au suicide .

         En 1945, Georges Guingouin devient maire de Limoges. Il veille à ce qu’il n’y ait pas de justice expéditive.

         D’autre part,  sa volonté de fusionner  toutes les forces de la Résistance est exemplaire. La grande critique de Guingouin vis à vis de son parti fut de n’avoir pas pu ou su, dès le retour de Thorez,   constituer un mouvement populaire unitaire de la Résistance dont le PCF aurait été le fer de lance.

 

         Les gros soucis du colonel Guingouin viendront après la guerre.

         « Lou Grand » a des ennemis farouches : la droite collaborationniste et les socialistes Le Bail et Bétoulle qui furent pétainistes. Bétoulle reprend la mairie avec le soutien de toute la droite.

         D’autre part, Guingouin est lâché par le PCF.  En 1952, en pleine guerre froide, l’appareil du parti resserre les rangs et exclut ceux qu’elle juge pas assez souples. Tillon, Lecoeur ou Marty sont exclus ou s’éloignent. Guingouin est plus coriace, mais la rupture est consommée en 1953.


         C’est alors que Guingouin, isolé, subit une grave attaque des vichystes toujours en poste dans la police et la justice. Il est arrêté, emprisonné 6 mois durant et lâchement agressé par ses gardiens. Il a failli mourir. Un vaste réseau de soutien autour de Claude Bourdet le fera sortir. A travers le  cas Guingouin, Bourdet a compris qu’on cherchait à déshonorer  la Résistance. Son avocat, maître Honnet de Troyes se fait aider par Dumas, et Badinter. En 1959, il sort, lavé des accusations d’assassinat.

         Guingouin a toujours affirmé après guerre défendre un communisme démocratique. De nombreuses tentatives d’échanges avec son parti jusqu’en 1977 vont échouer..

         Sa réhabilitation par Robert Hue en 1998, puis le discours de M.G Buffet furent bien entendu trop tardifs.

         Georges Guingouin n’a cessé de défendre l’honneur de la Résistance et de prendre des positions courageuses et clairvoyantes devant la mondialisation, les inégalités sociales, la montée du FN. Il appelait dans ses discours à une reconquête civique et un sursaut républicain

          

         Le 8 mars 2004, un an avant sa mort,  il signait à côtés des derniers grands résistants (Aubrac, Cordier, Hessel, Séguy etc.) un Appel aux jeunes générations.

" Créer, c'est résister. Résister, c'est créer ".

 

Jean Lefèvre.

  1. Fabrice Grenard éd. Vendémiaire. 26 €.  

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