6 Juin 2014 - Yves CHARPY "Eugène BURET ou la dénonciation des conditions de travail dans la 1ère moitié du XIXème siècle"

Publié le par Université Populaire de l'AUBE

6 Juin 2014 - Yves CHARPY "Eugène BURET ou la dénonciation des conditions de travail dans la 1ère moitié du XIXème siècle"

Personne ne connaissait Eugène BURET, ce Troyen né en 1810, avant qu'Yves CHARPY ne se mette à fouiller dans les archives.

-Si ! les Allemands !

Wikipédia, en langue allemande, lui consacre donc un article, le présentant comme Soziolog, Journalist und Ökonom qu'on traduira par économiste, Il est encore, dit la rubrique, adepte de Sismondi.

Son livre La misère des classes laborieuses en France et en Angleterre a été lu par presque tout le gratin de l'économie de l'époque, Proudhon Marx et Engels en particulier.

Mais il ne suffisait pas de le lire alors pour que Buret devienne un économiste de quelque importance, il fallait que ses leçons soient bonnes. Elles l'étaient puisque les plus grands le pillèrent sans vergogne ou le citèrent avec admiration. (1)

Yves CHARPY s'est intéressé à ce brillant personnage, directeur de l'Ecole Nationale de Commerce.

On est d'abord presque effrayé par la quantité impressionnante de livres que l'auteur a dû éplucher pour se rapprocher au plus près de la pensée de Buret. Un Buret assez clairvoyant pour décrire en termes durs l'état de la société du début du 19e siècle:

"La liberté illimitée des uns deviendra la servitude des autres, par la raison que la force conseille toujours l'injustice." Vision morale plus qu'économique du capitalisme diront certains.

Mais l'époque foisonne en économistes de toutes sortes, prônant les réformes et la charité plus que la révolution. On commence seulement à comprendre que la division du travail rend l'homme dépendant de la machine et donc du patronat et, dira Marx un peu plus tard que :"Le travail vivant est soumis au travail mort".

Cette conférence du 6 juin nous permettra de comprendre combien il est nécessaire de connaître le passé de la réflexion économique et philosophique pour mieux appréhender le présent.

Quant à BURET, totalement oublié de nos édiles, je prétends qu'il mérite une avenue à Troyes !

J.L

 

(1)« Je placerai en tête l’ouvrage d’Eugène Buret :De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France, Vous y trouverez un tableau effrayant mais exact de la mis ère et de l’abaissement moral …"

« Flora Tristan. »

 

ROMISCOPE a repéré le livre d’Eugène Buret numérisé.
Voici la ligne à suivre pour

BURET MISERE des CLASSES LABORIEUSES :

Merci pour cette information internautique.

http://books.google.fr/books?id=kWQOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

 

L'EXTRÊME MISÈRE EST UNE RECHUTE EN SAUVAGERIE. 1840 - Eugène BURET

 

Devrons-nous craindre maintenant d'être accusé d'exagération si nous assurons que l'extrême misère rejette les populations qu'elle frappe dans la vie sauvage, et qu'elle est par conséquent incompatible avec les progrès de la civilisation et même avec son existence? Les classes inférieures dont nous venons d'étudier la condition physique et la condition morale, sont peu à peu repoussées des usages et des lois de la vie civilisée, et ramenées à travers les souffrances et les privations de la misère dans l'état de barbarie. Le paupérisme équivaut à une véritable interdiction sociale : les misérables ressemblent à ces bandes saxonnes qui, pour échapper au joug de la conquête normande, allèrent cacher sous les arbres des forêts leur nomade indépendance ; ce sont des hommes en dehors de la société, en dehors de la loi, des outlaws, et c'est de leurs rangs que sortent presque tous les criminels. Une fois que la misère s'est appesantie sur un homme, elle le déprime peu à peu, dégrade son caractère, lui enlève les uns après les autres tous les bienfaits de la vie civilisée, et lui impose les vices de l'esclave et du barbare. L'incertitude de l'existence est le premier trait de ressemblance qui rapproche le pauvre du sauvage. Pour le prolétaire de l'industrie, comme pour le sauvage , la vie est à la merci des chances du jeu, des caprices du hasard : aujourd'hui bonne chasse et salaire, demain chasse infructueuse ou chômage , aujourd'hui l'Abondance et demain la famine ; et comme ces alternatives ne dépendent pas de la volonté de celui qui les subit, comme il est impossible de les régler, il en résulte qu'il s'habitue nécessairement à l'insouciance de son sort, et ne se donne pas la peine de prévoir les besoins de l'avenir. Celui-là seul qui sème et moissonne possède la pré voyance; celui qui chasse ou qui joue ne connaît que le hasard et il attend tout du hasard ; pour lui le présent seul existe, l'avenir n'est pas. Voilà donc déjà une des premières vertus sociales, l'habitude de la prévoyance , rendue bien difficile et même impossible à l'ouvrier pauvre qui n'a pour vivre qu'un travail déprécié, qu'il n'est pas sûr d'échanger chaque jour contre le pain nécessaire à la vie. Quand nous en serons à l'étude des causes, nous verrons que l'incertitude de l'existence par le travail contribue pour une grande part à la démoralisation que l'on reproche aux classes inférieures. L'éducation du pauvre, telle que nous l'avons vue surtout en Angleterre, est-elle autre chose que celle des sauvages, moins trop souvent, hélas '.'les caresses de la maternité ! Ces petits enfants qui fourmillent dans la fange des rues de Liverpool et des autres grandes villes d'Angleterre sont élevés avec moins de soin assurément que les petits des chiens et des chevaux de la noblesse de ce pays. Chose étrange! on s'occupe avec la plus louable attention, avec le plus heureux succès, de l'amélioration des races d'animaux , et l'on abandonne la race humaine dans le peuple à toutes les causes qui peuvent la dégrader et la corrompre!

 

 

 

Publié dans HISTOIRE LOCALE

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