LES FEMMES DANS LA RÉSISTANCE - Frédéric GAND et Jean LEFEVRE.

Publié le par Université Populaire de l'AUBE

Les femmes dans la Résistance auboise

 

La recherche historique reconnaît aujourd’hui le rôle fondamental des femmes dans la Résistance. Elles avaient été oubliées par les organisations de résistance, soit parce qu’elles résistaient depuis leur intérieur domestique ou dans l’ombre de leur mari, soit parce que leur résistance sociale était éclipsée par la résistance militaire des maquisards. Ces femmes furent pourtant nombreuses et la Résistance n’aurait pu fonctionner sans elles, que l’on songe au ravitaillement des organisations de résistance, à l’hébergement des prisonniers, blessés et aviateurs, aux caches d’armes et de journaux, aux boites aux lettres et aux multiples liaisons clandestines.

Dans l’Aube on a pu identifier près de 200 femmes (on en compte 250 dans l’Yonne) mais ce chiffre est probablement sous-estimé. Elles sont originaires de tous les milieux et ont tous les âges. Gilberte Guesdon raccoutreuse à Troyes, 17 ans en 1943, est déjà agente de liaison FTP entre Troyes et le maquis d'Arcis-sur-Aube. Les résistantes de 20 à 30 ans occupent une part majeure des effectifs et les moins de 30 ans en forment la moitié. Peut-être la composante jeune et ouvrière de la population auboise explique-t-elle cette tendance. En atteste Paulette Chaton, née Aubert, ouvrière en bonneterie, agente de liaison de l’organisation Schmidt, arrêtée le 13 avril 1944 à Troyes pour distribution de tracts.

 

Qui sont ces femmes résistantes ?

Ce sont déjà des épouses, des mères et des filles qui, à la manière de sentinelles du foyer, résistent malgré leurs multiples tâches domestiques. A La-Lisière-des-Bois, un hameau de Saint-Mards-en-Othe, l’agricultrice Marguerite Couillard née Philbert, mère de six enfants, aide son époux Gabriel à résister au sein du BOA. À Nogent-sur-Seine, Marie Buridant, née Barbier, membre des Commandos M, aide son époux Camille avec sa belle fille Simone née Barbier. Les couples de résistants constituent aussi une charnière efficace. Il existe de nombreux cas de duos résistants forts complémentaires comme le couple d’agriculteurs de Torvilliers, Lucette Baudiot née Fèvre et Édouard, agissant pour le groupe Montcalm ou le jeune couple Gisèle Camus et Maurice, mariés en 1940. Certaines idylles sont même nées dans la Résistance. Jeanne Roth, née Schwartz, bonnetière et infirmière de la Croix rouge, a sauvé le juif autrichien Norbert Roth. Paulette Blasques, née Fourrier, buraliste à Pont-sur-Seine, a hébergé avec sa mère le prisonnier de guerre Corentin Cariou, qui deviendra son mari, après avoir été son contact au sein de Libération-Nord. Enfin Josette Ripoll, la jeune agente de liaison FTP du maquis de Saint Mards-en-Othe, deviendra l’épouse de Roland Nigond après la guerre. D’autres femmes ont su vivre la Résistance des hommes à l’instar de Josette Ripoll ou Rolande Die rejoignant le maquis et participant aux combats de Saint-Mards-en-Othe le 20 juin 44 puis à ceux de la Libération. Certaines ont même été homologuées au sein des unités combattantes comme Yvonne Fontaine, lieutenant FFC du réseau Abélard Buckmaster, qui accompagna Pierre Mulsant à Londres où elle effectue un stage militaire intensif.

Pourquoi ces femmes se sont-elles engagées ?

Les motivations ordinairement avancées pour expliquer l’engagement résistant masculin se retrouvent évidemment pour les femmes, qu’il s’agisse de la haine de l’occupant, de l’antinazisme, du patriotisme ou du poids du milieu. A ces motivations se combine également l’effet d’entraînement du milieu environnant. Plusieurs militantes de gauche, ayant participé aux luttes d’avant-guerre (Front Populaire, guerre d’Espagne..) figurent parmi ces résistantes. Madeleine Dubois, militante syndicaliste au sein du syndicat national des instituteurs (SNI) puis agente de liaison et de renseignement FTP sur toute la Bourgogne et en région parisienne. Andrée Jeanny née Boigegrain, ouvrière textile (secrétaire de la CGT en 1937) et membre de l’UJFF (Union de jeunes filles de France) a diffusé avec Cécile Romagon des tracts signés « Les Comités féminins », dans le but de rallier les ménagères de l’Aube à la Résistance. Les femmes ont su joindre au patriotisme d’autres motivations, des valeurs de cœur jugées traditionnellement féminines comme le don de soi et la générosité. La quinquagénaire Anne Carsignol née Gourmand, proche du BOA et de l’Armée secrète, a hébergé de nombreuses équipes de sabotage sur sa propriété du château de Polisy, transformée à l’été 1944 en hôpital clandestin pour les maquisards.

Quelle place ces femmes ont-elles occupée dans la Résistance et qu’y ont-elles gagné ?

La fragilité supposée du beau sexe a souvent permis de déjouer les soupçons de l’Occupant. Eugénie Blanchon, née Hoffer, lingère à Troyes, a facilement fait passer des messages à Paul Langevin, assigné à résidence. Mais les femmes furent aussi victimes de cette approche sexuée et ont presque toujours été reléguées à des fonctions subalternes, y compris dans les couples résistants. Ainsi Suzanne Wauters, née Guenot, secrétaire de son mari Georges Wauters (haut responsable des réseaux Hector puis de Ceux de la libération) prit de grands risques pour lui et fut arrêtée et déportée à Ravensbrück. La Résistance à ce titre est restée le reflet de la société de l’époque. La femme est systématiquement l’auxiliaire, l’infirmière, le bras droit, l’intendante ou l’agente de liaison des résistants. Mais le courage des femmes leur a fait gagner le respect des hommes et le droit de vote, trop longtemps retardé par d’autres hommes, les sénateurs d’avant-guerre. Beaucoup de résistantes ont su se taire sous la torture. La résistante FTP Marguerite Flavien, née Buffard, arrêtée en décembre 1943 à Lyon, est torturée par le milicien Paul Touvier et se suicide en se jetant par la fenêtre. Paulette Blasques de Libération Nord, arrêtée à Pont-sur-Seine le 21 février 1944 par la Feldgendarmerie de Romilly, est torturée à la prison de Troyes puis à Fresnes et est enfin déportée au camp de Dachau en Allemagne d'où elle sera libérée en avril 1945. Mais beaucoup de résistantes auboises ont malheureusement perdu la vie pour prix de leur engagement.

Frédéric GAND, historien. 

Tous droits réservés.

 

Bonjour,

Il semble que nos auditeurs augmentent à chaque conférences. Nous étions 126 avec Fédéric GAND et Jean LEFEVRE sur un sujet délicat, celui des femmes résistantes pendant la dernière guerre.

Quelles furent leurs motivations ? 

Etaient-elles aussi nombreuses que les hommes ? 

Combien y laissèrent leur vie et de quelle manière ? 

Nos deux conférenciers donnèrent de nombreuses pistes de réflexion. A partir de quelques portraits-types, les historiens purent élaborer des concepts, faire une analyse historique des engagements de ces femmes qui n'étaient pas citoyennes puisqu'il a fallu attendre la fin de la guerre pour que le CNR leur donne le droit de vote, et Jean Lefèvre d'ailleurs de conclure :

"Non, On ne leur a pas donné le droit de vote, elles l’ont pris."

Frédéric GAND sut trouver de nombreuses motivations. Certaines s'engageaient à cause de leurs engagements précédents, politiques ou syndicaux (les femmes du Front Populaire), d'autres par antifascisme,  patriotisme,  germanophobie, ou pour épauler leur mari ou leur frère, par féminisme encore ("faire aussi bien que les hommes!"), par fraternité, soutien, charité (recueillir, cacher des aviateurs)  etc...

Sinon, un peu de tout cela à la fois.

Les 2 conférenciers mirent en avant que les femmes, pour s'engager, durent vaincre aussi les réticences des hommes. Peut-être pas du machisme, mais tout de même, une forme de paternalisme que les résistantes durent faire éclater. 

Nous tenons à la disposition des adhérents les quelques portraits évoqués et les listes des déportées (55) et des résistantes auboises (230) Les listes des déportées sont à peu près complètes, bien qu'on en ait retrouvé 2 ces jours derniers. La liste des Résistantes est forcément incomplète, de nombreuses femmes ayant préféré rester dans l'ombre à la Libération et les autorités ayant jugé que la "vraie" Résistance était la Résistance militaire, ce qu'ont contesté nos intervenants. Organiser comme Marguerite Buffard-Flavien ou Germaine Tillion de petites Universités Populaires dans les camps, était une forme de Résistance civile indispensable. Nous demandons à nos lecteurs de nous indiquer les personnes qui auraient pu être oubliées. Beaucoup de femmes ( et d'hommes) n'ont pas fait les démarches nécessaires pour obtenir une carte de CVR.

Lire à ce sujet le lien ci-après "Enseigner la mémoire ? Histoire et mémoire de la résistance".

 Amitiés à nos lecteurs adhérents ou non, UPOPAUBE.

 

LES FEMMES DANS LA RÉSISTANCE - Frédéric GAND et Jean LEFEVRE.
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Publié dans RESISTANCE

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Commenter cet article

Fredericque 26/05/2015 00:31

Bonjour,
merci pour cet article. Gilberte Guesdon était ma grand-mère. Je suis très fière d'elle. Elle m'a raconté beaucoup d'anecdotes de cette période. Merci encore.